Ramallah, le 3 août 2026, WAFA— La ministre palestinienne des Affaires étrangères et des Expatriés, Varsen Aghabekian Shahin, a affirmé lundi que la violence des colons israéliens n’était plus seulement une conséquence de l’expansion des colonies, mais qu’elle était devenue l’un des principaux moteurs de cette politique.
Lors d’une conférence de presse tenue au siège du ministère à Ramallah, Mme Shahin a déclaré que les attaques de colons constituaient désormais un moyen de prendre le contrôle des terres palestiniennes, tandis que la violence coloniale servait, selon elle, d’outil de transformation démographique systématique.
Elle a dénoncé ce qu’elle a décrit comme une impunité devenue « une politique officielle », soutenue, selon elle, par des États qui continuent de fournir des armes à Israël, de lui apporter un soutien politique et de faire usage de leur droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies en sa faveur.
La ministre a insisté sur le fait que la violence des colons et l’expansion des colonies ne constituaient pas deux phénomènes distincts, mais « deux piliers complémentaires du projet colonial illégal d’Israël », visant, selon elle, à s’emparer progressivement des terres palestiniennes.
Elle a rejeté les tentatives visant à présenter les attaques de colons comme des actes isolés commis par un nombre limité d’extrémistes. Selon elle, l’ampleur, l’organisation et le soutien politique dont ces attaques bénéficient depuis trois ans témoignent d’une tendance plus large et structurée.
La responsabilité d’Israël en tant que puissance occupante :
Mme Shahin a également rejeté les discours visant, selon elle, à présenter Israël comme la victime de la situation. Elle a dénoncé le fait que les Palestiniens qui défendent leurs familles, leurs habitations et leurs moyens de subsistance soient qualifiés de terroristes, tandis que des colons armés impliqués, selon elle, dans des meurtres, des incendies et des agressions organisées seraient présentés comme des victimes nécessitant une protection.
Ce discours vise, selon la ministre, à « criminaliser le peuple palestinien », à exonérer les auteurs de violences de leur responsabilité et à normaliser des politiques contraires au droit international.
Mme Shahin a rappelé qu’en vertu du droit international humanitaire, Israël, en tant que puissance occupante, avait la responsabilité juridique première d’assurer la sécurité et la protection des civils palestiniens vivant sous occupation.
Cette obligation implique, selon elle, non seulement de s’abstenir de porter atteinte aux civils protégés, mais également de prévenir les actes de violence, d’y mettre fin, d’enquêter sur leurs auteurs et de les poursuivre en justice.
La ministre a également rappelé que les colonies israéliennes étaient considérées comme illégales au regard du droit international, citant notamment les conclusions de la Cour internationale de Justice, la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies et d’autres références juridiques internationales.
Elle a souligné que ces références imposaient aux États de ne pas reconnaître la légalité de la colonisation et de ne pas apporter d’aide contribuant à son maintien.
Appel à des mesures internationales concrètes :
Mme Shahin a appelé les États à dépasser les simples déclarations de préoccupation et à prendre des mesures concrètes pour mettre fin à l’impunité et assurer la protection des Palestiniens.
Elle a averti que chaque journée sans action internationale décisive entraînait, selon elle, davantage de morts, de déplacements de population et de saisies de terres, tout en permettant l’enracinement d’une situation qu’elle qualifie d’illégale et qui compromettrait les perspectives d’une paix « juste et durable ».
La ministre a également averti que l’absence d’action immédiate risquait d’encourager de nouvelles violences de colons et d’accélérer, selon elle, l’annexion de territoires palestiniens occupés par Israël, tout en portant atteinte à la crédibilité du système juridique international.
Elle a appelé à poursuivre les responsables de l’organisation, du financement, de la facilitation et de l’exécution des attaques de colons, demandé le désarmement immédiat des milices de colons et exhorté la communauté internationale à œuvrer au démantèlement du projet de colonisation israélien.
Des efforts palestiniens sur les plans politique, juridique et médiatique :
Sur le plan intérieur, Mme Shahin a souligné la nécessité de renforcer les efforts médiatiques parallèlement aux démarches juridiques et diplomatiques, d’unifier les initiatives palestiniennes et de transformer la fermeté de la population en un projet national global intégrant les dimensions politique, juridique, diplomatique et économique.
Elle a également insisté sur la nécessité de poursuivre les appels en faveur d’une protection internationale du peuple palestinien et de défendre son droit à résister à l’occupation par des moyens pacifiques.
Plus de 11 000 violations recensées au premier semestre 2026 :
Présentant des statistiques officielles, la ministre a indiqué que 11 074 violations avaient été documentées dans les territoires palestiniens au cours du premier semestre 2026, imputées aux forces israéliennes et aux colons. Parmi elles, 3 488 auraient été commises par des colons.
Selon ces données, ces violations ont fait au moins 86 morts palestiniens en Cisjordanie occupée, dont au moins 21 tués directement par des colons.
Au cours de la même période, 26 communautés bédouines ont été déplacées, tandis que 42 nouveaux avant-postes coloniaux, principalement à vocation pastorale, ont été établis.
Les autorités israéliennes auraient également pris le contrôle de 4 379 dounams de terres palestiniennes, tandis que 113 plans directeurs de colonisation ont été préparés : 71 en Cisjordanie occupée et 42 à Jérusalem-Est occupée.
Par ailleurs, 341 démolitions ont été recensées, entraînant la destruction de 740 structures, selon les chiffres présentés par la ministre.
Des attaques contre les lieux de culte et les terres agricoles :
Mme Shahin a également fait état de 45 attaques contre des mosquées en Cisjordanie occupée au cours du premier semestre, dont cinq incendies et cinq cas de démolition ou de destruction partielle.
Elle a en outre indiqué que 45 195 arbres avaient été déracinés ou endommagés par les forces israéliennes ou les colons durant la même période.
Pour la ministre, la forte hausse de la violence des colons mise en évidence par ces statistiques a des conséquences directes sur la capacité des Palestiniens à rester sur leurs terres. Elle a notamment évoqué la perte de sécurité et de moyens de subsistance, les traumatismes psychologiques infligés aux enfants et à d’autres membres des communautés, ainsi que les risques croissants pour la stabilité et la cohésion des populations locales.
H.A



