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Accueil Occupation 25/September/2026 02:54 PM

L’expansion des checkpoints renforce la fragmentation du territoire, selon une commission palestinienne

L’expansion des checkpoints renforce la fragmentation du territoire, selon une commission palestinienne

Ramallah, le 25 septembre 2026, WAFA – Les données actualisées de la Commission palestinienne de résistance au mur et à la colonisation montrent que le dispositif israélien de checkpoints et de barrières militaires en Cisjordanie s’est transformé en une vaste infrastructure spatiale qui reconfigure le territoire palestinien et lui impose des contraintes croissantes.

Dans un rapport publié vendredi, la Commission indique que la multiplication des checkpoints, barrières, remblais et fossés aux entrées des villes, localités et villages, ainsi que sur les routes qui les relient, transforme les communications géographiques palestiniennes en un réseau d’axes soumis au contrôle. Elle contribue ainsi, dans les faits, à fragmenter la Cisjordanie en « cantons » et en poches enclavées susceptibles d’être reliées, séparées ou fermées à tout moment.

Selon la Commission, les checkpoints militaires ne servent plus uniquement à empêcher le passage, mais constituent également des instruments permettant de contrôler l’accès au travail, à l’éducation, aux soins, aux terres agricoles et aux services. Cette situation accroît le coût de la vie quotidienne, restreint les possibilités de déplacement et de stabilité et contribue, selon elle, à créer un environnement coercitif rendant plus difficile le maintien d’une vie palestinienne normale.

D’après la base de données géospatiale de la Commission, après l’intégration des nouveaux checkpoints et barrières militaires recensés au cours des deux derniers mois, le nombre total de checkpoints, points de bouclage et obstacles s’élève à 942. Parmi eux figurent 824 checkpoints et points de bouclage fixes, ainsi que 118 obstacles linéaires, constitués de remblais, de fossés et de barrages routiers. La longueur cumulée de ces obstacles atteint environ 107,7 kilomètres, selon les données du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

La Commission souligne que la portée de ces chiffres réside non seulement dans leur volume, mais également dans leur répartition géographique. La présence de barrières et de points de bouclage aux principaux carrefours routiers et aux entrées des localités transforme, selon elle, l’espace palestinien en un territoire encerclé et fragmenté, susceptible d’être fermé et redécoupé instantanément, tandis que la liberté de circulation et l’accès deviennent soumis à un dispositif de contrôle permanent.

Elle estime que ce dispositif dépasse la simple restriction des déplacements et participe à une « réingénierie » de la géographie palestinienne, en réduisant les liaisons entre les localités, en renforçant leur isolement et en fragilisant les liens entre les habitants, leurs terres et leurs principaux lieux de vie.

La répartition des checkpoints et points de bouclage fixes fait apparaître d’importants écarts entre les gouvernorats. Hébron arrive en tête avec 221 points, suivie de Ramallah et Al-Bireh avec 160, Naplouse avec 120, Bethléem avec 78, Jérusalem avec 62, Qalqilya avec 41, Salfit avec 40, Jéricho et la vallée du Jourdain avec 27, tandis que Jénine et Tulkarem en comptent 26 chacune, et Tubas 23.

La Commission précise que ces chiffres ne reflètent pas seulement une densité numérique, mais correspondent à un réseau de points de contrôle installés aux entrées des localités et aux carrefours routiers reliant les zones rurales palestiniennes aux villes et aux services.

Elle affirme que le dispositif continue de s’étendre. Treize nouveaux checkpoints et barrières fixes ont été recensés au cours des deux derniers mois et ajoutés à la base de données, dont 10 dans le seul gouvernorat de Jénine, faisant passer le nombre de points fixes dans ce gouvernorat de 16 à 26.

Les nouvelles barrières ont notamment été recensées à Al-Jalama, Arana, dans la zone industrielle, à Deir Abu Daif, à l’entrée de Jénine, ainsi qu’à Aaba, Umm al-Tut, Qabatiya, aux abords de l’Université arabe américaine et au carrefour de Zababdeh.

Une nouvelle barrière a également été recensée sur la route de Jariyout, à l’ouest de Ramallah, ainsi que d’autres barrières dans les zones rurales à l’ouest et au nord-ouest du gouvernorat.

La Commission relève par ailleurs une évolution qu’elle juge particulièrement significative : des colons ont commencé à installer eux-mêmes des dispositifs fixes de bouclage, en complément du système de checkpoints militaires mis en place par l’armée israélienne.

Dans la zone de Wadi Hamad, sur les terres de Kafr Ni’ma, des colons ont ainsi installé une barrière métallique destinée à contrôler l’accès à la zone et aux terres environnantes. Une autre barrière a été installée à l’est d’Umm Safa, sur une route menant à l’habitation d’une famille palestinienne, et aurait ensuite été utilisée pour restreindre l’accès de ses membres.

Selon la Commission, l’importance de ces cas ne tient pas seulement au nombre de barrières concernées, mais à l’apparition d’un nouvel acteur exerçant directement une fonction jusqu’alors principalement assurée par l’armée israélienne : contrôler les routes et déterminer qui peut les emprunter et à quel moment.

La Commission estime que cette tendance traduit une évolution de la nature des attaques menées par les colons, qui passent d’actions ponctuelles visant les personnes, les terres ou les biens à la création de faits accomplis spatiaux susceptibles de s’inscrire dans la durée.

Elle souligne qu’une barrière installée sur une route agricole ou à l’entrée d’une localité n’a pas besoin d’être constamment fermée pour remplir sa fonction : sa seule présence permet d’envisager la fermeture de la route à tout moment et confère aux colons une capacité concrète de contrôler les déplacements des propriétaires des terres.

Lorsque ce dispositif s’accompagne de la fermeture de routes alternatives ou de l’établissement à proximité d’avant-postes pastoraux ou de colonies, la barrière devient, selon la Commission, un instrument permettant de modifier les modes d’utilisation de l’espace, en contraignant les habitants à emprunter des itinéraires plus longs ou en limitant leur accès à leurs terres, leurs domiciles et leurs services.

Selon la Commission, les pics historiques du dispositif de bouclage montrent que les checkpoints ne se sont pas développés à un rythme constant, mais par vagues correspondant à différentes phases d’escalade et de réorganisation du contrôle des déplacements.

En 2003, au plus fort de la deuxième Intifada, des organisations internationales, dont l’OCHA, avaient recensé 757 checkpoints et obstacles, dont 464 remblais de terre, illustrant alors un modèle de fermeture généralisée des routes et des localités.

Le nombre était ensuite passé à 630 en 2008, puis à 705 en 2018. À cette période, les barrières et checkpoints fixes étaient devenus plus nombreux : un recensement effectué en 2018 avait notamment dénombré 140 checkpoints et 165 barrières routières, auxquels s’ajoutaient remblais, blocs de béton, fossés et autres obstacles.

La vague actuelle se caractérise, selon la Commission, non seulement par l’augmentation du nombre d’obstacles, mais aussi par une évolution de la nature même du dispositif.

Le nombre de checkpoints et obstacles avait atteint 793 en mars 2024, puis 925 en décembre 2025. C’est également durant cette période que les barrières sont devenues un élément central du dispositif de bouclage, qui, selon la Commission, repose de plus en plus sur les fermetures, les caméras et des systèmes de surveillance renforcée plutôt que sur la présence permanente de soldats.

Avec l’intégration des nouveaux éléments recensés par la base de données de la Commission, le nombre total atteint désormais 942 checkpoints et obstacles en 2026.

La comparaison fait apparaître, selon la Commission, un passage progressif d’un système reposant largement sur des remblais et obstacles en terre, susceptibles d’être retirés ou modifiés, à un réseau plus permanent de checkpoints et de barrières pouvant être activés et fermés rapidement, faisant du contrôle des déplacements un élément durable de la configuration spatiale de la Cisjordanie.

La Commission souligne également un chevauchement croissant entre le dispositif de contrôle militaire et l’expansion des colons. Si un checkpoint militaire et une barrière installée par des colons diffèrent par leur auteur, ils peuvent produire un effet similaire sur le terrain lorsqu’ils restreignent l’espace accessible aux déplacements palestiniens.

Elle appelle ainsi à considérer les barrières installées par les colons comme un indicateur distinct au sein du dispositif de bouclage, estimant qu’elles témoignent d’un passage de la prise de contrôle des terres par l’établissement d’avant-postes ou l’appropriation de terres agricoles à une prise de contrôle des réseaux d’accès eux-mêmes.

La Commission souligne enfin que l’analyse de ces données ne doit pas se limiter au nombre total de checkpoints. Selon elle, l’enjeu principal réside dans leur emplacement et dans la possibilité d’activer simultanément l’ensemble du réseau de bouclage. Une barrière métallique peut rester ouverte pendant plusieurs jours tout en permettant de fermer une route en quelques minutes, ce qui en ferait un instrument de contrôle permanent, même lorsqu’elle n’est pas fermée.

La répétition de ces points aux entrées des villages et sur les routes qui les relient rendrait ainsi, selon la Commission, l’espace palestinien susceptible d’être rapidement fragmenté en petites poches isolées et ferait dépendre les déplacements vers le travail, les hôpitaux, les universités ou les terres agricoles d’une décision militaire pouvant être modifiée à tout moment.

La Commission de résistance au mur et à la colonisation conclut que les 942 checkpoints et obstacles ne constituent pas seulement un dispositif destiné à restreindre les déplacements des Palestiniens, mais également un réseau qui contribue à remodeler l’espace palestinien. Le contrôle des routes signifie, selon elle, contrôler les liens entre les habitants et leurs terres, entre les villages et les villes et entre les différentes localités palestiniennes.

Avec la poursuite de l’installation de nouvelles barrières et checkpoints, parallèlement à la participation de colons à l’établissement de certains d’entre eux, le dispositif de bouclage devient, selon la Commission, l’un des principaux outils spatiaux de fragmentation du territoire palestinien, de modification des modes de déplacement et d’accès et d’imposition de nouvelles réalités de contrôle sur le terrain.

H.A

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