Accueil Rapports et Enquêtes 06/October/2026 10:02 AM

Trois ans de guerre : le système de santé à Gaza lutte pour sa survie

Trois ans de guerre : le système de santé à Gaza lutte pour sa survie
(Photo de WAFA)

 

Gaza, 6 octobre 2026, WAFA - Trois années de guerre et d’agression ont plongé le système de santé de la bande de Gaza dans une lutte quotidienne pour sa survie : hôpitaux détruits ou ne fonctionnant que partiellement, pénuries aiguës de médicaments et de fournitures médicales, forte diminution du nombre de médecins et de personnels de santé, équipements de diagnostic pour la plupart hors service, tandis que des milliers de patients attendent d’être évacués pour poursuivre leur traitement à l’extérieur de la bande de Gaza.

Alors que les blessures liées à la guerre nécessitent toujours des soins prolongés et complexes, les patients atteints de cancer, d’insuffisance rénale, de maladies cardiaques ou chroniques éprouvent des difficultés croissantes à accéder aux traitements, dans un contexte de capacités médicales limitées et de dégradation des infrastructures de santé.

Des patients confrontés à la douleur et au manque de traitements

Pour le blessé Abdullah Abu Sbeih, la guerre ne s’est pas terminée avec l’arrêt des bombardements. Atteint à la moelle épinière, il souffre d’une paralysie totale qui l’a privé de sa mobilité et de son autonomie, ainsi que de graves escarres, d’une atrophie musculaire et de douleurs persistantes.

Abu Sbeih a déclaré à WAFA qu’il avait besoin d’interventions chirurgicales complexes au niveau de la moelle épinière et des membres, appelant à faciliter son évacuation médicale à l’étranger, après que les hôpitaux et les médecins de Gaza eurent épuisé les possibilités de traitement dont ils disposent.

Mohammad Al-Astal, qui souffre d’insuffisance rénale, est quant à lui soumis à trois séances d’hémodialyse par semaine. Il explique que la pénurie de médicaments et de fournitures nécessaires à la dialyse, conjuguée aux difficultés d’accès à l’hôpital et à la hausse des frais de transport, rend son parcours de soins encore plus éprouvant.

Omar Abdullah, qui souffre de diabète et d’hypertension, se rend d’un centre de santé à l’autre à la recherche de ses médicaments, ceux-ci n’étant pas disponibles dans leur totalité au sein d’un même établissement. Il met en garde contre les conséquences de ces ruptures de traitement, qui déstabilisent son état de santé et peuvent entraîner de graves complications.

Les patients cardiaques rencontrent eux aussi de grandes difficultés pour accéder aux examens et aux traitements. Youssef Abu Arafa explique ainsi que des examens tels que l’échocardiographie et la tomodensitométrie peuvent nécessiter plusieurs semaines d’attente en raison du manque d’équipements et de la forte affluence.

Fatma Abu Youssef, atteinte d’un cancer, indique pour sa part que la pénurie de médicaments de chimiothérapie, d’antalgiques et de traitements de soutien aggrave ses souffrances, alors que les patients atteints de cancer ont besoin d’une prise en charge régulière et spécialisée.

Des hôpitaux et des capacités qui s’amenuisent

Le directeur de l’hôpital Al-Tahrir, au sein du complexe médical Nasser, le Dr Ahmad Al-Farra, a déclaré à WAFA que les indicateurs actuels témoignaient d’une érosion alarmante de la capacité du système de santé à assurer ses services.

Il indique que seuls 22 hôpitaux sur les 38 que comptait la bande de Gaza avant la guerre sont actuellement en fonctionnement, dont cinq hôpitaux publics et 17 établissements privés, avec des capacités limitées. La capacité d’accueil a, quant à elle, chuté à quelque 2 637 lits, contre environ 3 950 avant la guerre, sans compter les lits des hôpitaux de campagne.

Il ajoute que 62 % des équipements d’imagerie médicale diagnostique sont hors service. La bande de Gaza ne dispose plus d’aucun appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM), contre neuf avant la guerre, ni d’aucun appareil d’endoscopie vidéo, contre huit auparavant. Les quatre appareils de lithotritie sont également à l’arrêt, tandis qu’une grave pénurie touche les scanners.

Les effectifs du personnel de santé ont également diminué : le secteur a perdu quelque 19,2 % de ses travailleurs, tandis que le nombre de médecins a chuté de 34,6 %, pour s’établir à environ 1 363 praticiens, selon Al-Farra.

Certaines spécialités sont désormais au bord de l’effondrement, après le départ de 296 médecins de la bande de Gaza. Le nombre de spécialistes en hématologie est ainsi passé de cinq à deux, celui des chirurgiens cardiaques de quatre à deux, celui des médecins en soins intensifs de quatre à deux, tandis que le nombre de gynécologues-obstétriciens est passé de 70 à 29.

Pénurie de médicaments et attente d’une évacuation médicale

Al-Farra indique que les stocks de 44 % des médicaments essentiels et vitaux sont épuisés, tandis que le déficit en fournitures médicales atteint 44 % et que le taux moyen de pénurie de médicaments s’élève à 48 %. Une pénurie aiguë touche notamment les produits d’anesthésie, l’insuline, les solutés et les médicaments de chimiothérapie.

Il ajoute que les services de chirurgie cardiaque à cœur ouvert, de transplantation d’organes et de radiothérapie sont à l’arrêt, tandis que les services de chirurgie ophtalmologique et de cathétérisme cardiaque souffrent d’un grave manque de fournitures.

L’évacuation médicale reste l’un des dossiers les plus urgents. Al-Farra indique que 2 027 patients sont décédés alors qu’ils attendaient l’autorisation de quitter la bande de Gaza pour se faire soigner, tandis qu’environ 21 000 patients ont toujours besoin d’une évacuation médicale pour poursuivre leur traitement à l’étranger, dont 5 803 enfants et quelque 2 800 patients atteints de cancer.

Il souligne que les gouvernorats du nord de la bande de Gaza et de Rafah ne disposent pas de soins de santé suffisants et que le système sanitaire dépend de manière critique de huit hôpitaux de campagne gérés par des organismes internationaux.

Cancer : diagnostiquer et soigner sous blocus

À l’occasion du mois de sensibilisation au cancer du sein, le directeur du Centre de cancérologie de Gaza, le Dr Mohammad Abu Nada, a déclaré à WAFA que les patients atteints de cancer étaient confrontés à de graves pénuries d’équipements de diagnostic, de médicaments, de fournitures médicales et de traitements essentiels.

Il fait état d’un accès limité aux équipements de dépistage précoce, d’une pénurie de mammographes et de fournitures de laboratoire, ainsi que d’un manque de médicaments de chimiothérapie, de traitements hormonaux et ciblés et d’antalgiques. Les patients éprouvent en outre de grandes difficultés à quitter la bande de Gaza pour bénéficier de radiothérapie ou d’interventions chirurgicales spécialisées.

Selon Abu Nada, Gaza enregistrait environ 360 nouveaux cas de cancer par an avant la guerre, contre quelque 250 cas en 2024 et 260 en 2025. Il souligne toutefois que ces chiffres ne reflètent pas nécessairement le nombre réel de nouveaux cas, en raison du recul des services de diagnostic, des déplacements de population et de l’instabilité persistante.

Maladies chroniques, santé maternelle et infantile

La crise ne touche pas uniquement les personnes blessées pendant la guerre : les patients atteints de maladies chroniques, les enfants et les femmes enceintes sont eux aussi exposés à des risques croissants.

Al-Farra indique qu’environ 30 % des grossesses sont considérées comme à haut risque et que 40 % des accouchements par césarienne sont pratiqués en urgence. Le nombre de couveuses pour nouveau-nés prématurés est par ailleurs passé de 162 à 122, alors que les besoins continuent d’augmenter.

Selon ses données, quelque 84 000 personnes sont atteintes de diabète, dont 2 432 dépendent de l’insuline. Le nombre de patients souffrant d’hypertension est également en hausse.

Dans le même temps, les risques de malnutrition et de maladies infectieuses se sont aggravés sous l’effet de la surpopulation et de la dégradation des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, tandis que les admissions d’enfants à l’hôpital pour des formes complexes de malnutrition ont augmenté.

à suivre 

N.S 

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