Gaza, 7 octobre 2026 – Wafa – Reem Sweisi
Les proches de milliers de disparus dans la bande de Gaza vivent dans l'angoisse d'une attente interminable : ils n'ont pu ni enterrer ni faire leurs adieux à leurs êtres chers, et ignorent si ces derniers sont encore en vie ou s'ils ont péri sous les décombres des maisons et des bâtiments détruits par la machine de guerre israélienne au cours de ces années de génocide.
Alors que certaines familles ont réussi à récupérer les corps de leurs proches après des mois, voire des années passées sous les décombres, d'autres continuent de chercher la moindre trace susceptible de les éclairer sur le sort de leurs disparus, dans un état de perplexité et de souffrance sans fin.
Selon des statistiques locales, le nombre de disparus dans la bande de Gaza est estimé à environ 13 000 personnes : quelque 8 000 d'entre elles se trouvent toujours sous les décombres de maisons et de bâtiments détruits, tandis que le sort de 5 000 autres reste inconnu.
« Mon rêve était d'enterrer ma femme et mon enfant »
Mahmoud Haniyeh, un proche de disparus, raconte avoir pu, il y a quelques jours seulement, organiser les funérailles de son épouse, la journaliste Duaa Sharaf, et de son enfant, Obeida, après qu'ils ont été portés disparus pendant plus d'un an et demi.
Il ajoute : « J'ai extrait le corps de mon enfant alors qu'il était dans les bras de sa mère ; la famille de cette dernière a récupéré ce qu'il restait d'Obeida : de petits ossements. »
Et de poursuivre : « C'est l'une des plus grandes tragédies qu'ont vécues les habitants de Gaza au cours des trois dernières années, dans le cadre de ce génocide qui se poursuit encore aujourd'hui. »
Haniyeh pleure amèrement en disant : « Mon rêve était d'enterrer ma femme et mon enfant ; aujourd'hui, j'ai au moins réalisé ce rêve. Je souffrais atrocement chaque fois que je passais devant les décombres de ma maison, sachant qu'ils s'y trouvaient et qu'ils faisaient face à un sort inconnu. »
Il signale également la présence de 47 corps non identifiés, ajoutant : « Il y a des familles dont nous n'avons retrouvé aucune trace, pas même un seul martyr. »
Sa femme et son enfant ont été tués le 25 octobre 2023, lors d'une frappe visant 16 immeubles résidentiels comprenant 138 appartements ; une attaque qui a causé la mort d'environ 450 personnes, dont des enfants, des femmes et des personnes âgées, selon son témoignage.
« À chaque libération de prisonniers, je demande des nouvelles de mon père »
Quant au jeune Mohammed Atallah (20 ans), il raconte que son père a quitté le domicile familial le 12 février 2024 et n'est jamais revenu.
Il ajoute : « Les jours, les nuits et les mois ont passé, et je ressens comme un poignard planté dans le dos, car mon père est mon soutien. »
Il poursuit : « Je pleure chaque jour en pensant à lui, car nous avons un besoin vital de sa présence. Nous avons contacté des organisations internationales, comme le Comité international de la Croix-Rouge, ainsi que de nombreux avocats, dans l'espoir de trouver une piste concernant son sort, mais malheureusement en vain. »
Et de conclure : « Je ne trouverai la paix que si j'apprends qu'il est mort en martyr et que je peux inhumer sa dépouille ; tant qu'il n'y a pas de funérailles, je vis dans une incertitude qui me déchire le cœur, tout comme celui de ma mère et de ma sœur. » Atallah conclut : « Chaque fois que des prisonniers sont libérés des geôles de l'occupation, je me précipite pour les rencontrer et échanger avec eux, espérant qu'ils aient des nouvelles de mon père, au cas où il serait détenu par l'occupant. Je vis dans une incertitude insoutenable. »
« Je veux inhumer sa dépouille pour trouver la paix »
De son côté, Camelia Al-Shantaf (34 ans) vit dans l'angoisse en attendant de connaître le sort de son fils Saïd (9 ans), dont elle a perdu la trace alors que la famille fuyait vers l'école Al-Dahyan, dans le quartier de Sheikh Radwan, à l'ouest de la ville de Gaza.
Elle raconte : « J'ai perdu mon fils après avoir quitté la maison in extremis ; son corps gît toujours sous les décombres. Nous n'avons pas encore réussi à l'extraire, car la maison était un immeuble de six étages. »
Elle ajoute : « Je meurs mille fois par jour en sachant que mon petit Saïd est toujours sous les décombres. Je veux inhumer sa dépouille pour apaiser mon âme ; chaque jour, je lui prépare à manger en imaginant qu'il est encore en vie. »
Et Mme Al-Shantaf de poursuivre : « L'incendie qui me consume le cœur ne s'éteindra que lorsque j'aurai enterré mon enfant et que je pourrai me recueillir sur sa tombe. »
Portés disparus sous les décombres
Les témoignages des équipes de secours indiquent que des milliers de corps se trouvent encore sous les ruines des bâtiments détruits, faute d'équipements adéquats pour déblayer les décombres et extraire les dépouilles avec la célérité requise.
Selon certaines sources, la bande de Gaza a besoin de dix excavatrices, trente bulldozers et cent chargeuses pour entamer les opérations de déblaiement et d'extraction des dépouilles, alors que le volume des décombres dans l'enclave est estimé à plus de 60 millions de tonnes.
Selon des statistiques locales, les équipes de secours sont parvenues, depuis le début de l'agression, à extraire les corps de plus de 800 martyrs seulement, sur les quelque 8 000 personnes qui se trouvent encore sous les décombres des maisons détruites.
La semaine dernière, Gaza a procédé aux funérailles de 105 martyrs issus du quartier « Murabba al-Taj », au centre de la ville, après que l'aviation de combat a détruit simultanément plus de 16 appartements résidentiels, les faisant s'effondrer sur leurs occupants.
Ainsi, de nombreuses familles à Gaza restent suspendues dans un entre-deux douloureux entre absence et perte, attendant une nouvelle qui scellera leur sort : soit une dépouille à inhumer, soit une information permettant de retrouver un proche dont la localisation et le destin demeurent inconnus.
F.N



