Ramallah, le 3 mai 2026, WAFA– Les institutions palestiniennes des prisonniers ont déclaré que, depuis près de trois ans de ce qu’elles qualifient de crime de génocide en cours contre le peuple palestinien, les autorités d’occupation israéliennes ont intensifié de manière systématique leurs attaques contre les journalistes, hommes et femmes, dans le cadre d’une politique intégrée visant à réduire au silence la voix palestinienne et à effacer son récit.
Dans un rapport publié ce dimanche à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, la Commission des affaires des prisonniers et ex-prisonniers, le Club des prisonniers et la Fondation Addameer pour les droits de l’homme ont indiqué que cette politique s’est traduite par des assassinats directs, des arrestations arbitraires, ainsi que des poursuites et menaces systématiques, consacrant ainsi l’une des périodes les plus sanglantes de l’histoire du journalisme palestinien.
Selon le rapport, depuis le début de ce qu’elles qualifient de génocide, plus de 260 journalistes ont été tués, dans le cadre d’une politique de meurtre de masse visant les témoins des crimes. Plus de 240 journalistes ont également été arrêtés ou détenus, dont plus de 40 sont toujours en détention, parmi eux 20 placés en détention administrative sous prétexte de « dossier secret », ainsi que quatre femmes journalistes.
La dernière en date est la journaliste Islam Ammarneh, arrêtée ce matin dans le camp de Dheisheh à Bethléem, illustrant la poursuite de cette politique de ciblage. Elle est la sœur du journaliste Osayd Ammarneh, lui-même détenu en détention administrative.
Au moins 14 journalistes de Gaza sont toujours détenus, tandis que deux autres sont toujours victimes de disparition forcée : Nidal al-Wahidi et Haitham Abdel Wahed. Cette situation constitue, selon le rapport, une grave violation du droit international humanitaire et du droit international, et révèle une politique visant à dissimuler leur sort.
Dans un nouveau crime ajouté au bilan des violations dans les prisons, le journaliste Marwan Harzallah est mort en mars 2026 dans la prison de Megiddo, à la suite d’une politique de « mort lente » résultant du refus délibéré de soins médicaux, malgré une condition de santé connue, ayant notamment conduit à l’amputation de l’une de ses jambes.
Les institutions ont également évoqué la politique d’assignation à résidence forcée visant plusieurs journalistes, intensifiée après le début du génocide. Parmi eux figurent la journaliste Samia Jabara de Naplouse et la journaliste Bayan al-Ja’bari de Jérusalem. Elles ont également dénoncé les expulsions systématiques visant des dizaines de journalistes à Jérusalem, notamment leur interdiction de couvrir les événements à la mosquée Al-Aqsa, ainsi que les restrictions, menaces et actes d’intimidation dont ils font l’objet.
Les institutions soulignent que les attaques contre les journalistes palestiniens s’inscrivent dans une politique historique visant à effacer le récit palestinien, mais qu’elles ont atteint un niveau sans précédent dans le contexte du génocide en cours. Elles affirment que l’occupation cherche à éliminer les témoins de ses crimes, après que les journalistes palestiniens ont joué un rôle central dans leur documentation et leur diffusion à l’échelle internationale, consolidant ainsi une politique d’impunité.
Les organisations ont documenté des dizaines de témoignages de journalistes arrêtés faisant état d’un système de torture structurel dans les prisons et centres de détention israéliens, incluant torture physique et psychologique, famine délibérée, agressions sexuelles et viols, ainsi que des pratiques d’humiliation, de privation des soins médicaux et de conditions de détention extrêmement dures, notamment l’isolement prolongé et l’interdiction des visites, y compris celles du Comité international de la Croix-Rouge.
Les cas de journalistes libérés révèlent l’ampleur des abus subis, nombre d’entre eux étant sortis dans un état de santé physique et psychologique critique. Le journaliste Moujahid Bani Mufleh de Naplouse a notamment été victime d’une hémorragie cérébrale peu après sa libération.
De même, le journaliste Ali al-Samoudi de Jénine a été libéré dans un état de santé très dégradé, après avoir perdu environ 60 kilogrammes en un an de détention administrative, illustrant l’utilisation de la famine comme instrument de mort lente contre les prisonniers.
Les institutions dénoncent également l’intensification sans précédent du recours à la détention administrative sous prétexte de « dossier secret », ainsi que les arrestations liées à la liberté d’expression sous l’accusation de « provocation », considérées comme une extension d’une politique de répression systématique visant les libertés fondamentales et transformant l’espace numérique en outil de surveillance et de sanction.
Elles soulignent que le ciblage des journalistes en raison de leur travail ou de leurs opinions constitue une violation flagrante du droit à la liberté d’opinion et d’expression, garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme, notamment son article 19, ainsi que par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantit la liberté de rechercher, recevoir et diffuser des informations. Elles estiment également que le recours à des accusations vagues telles que « incitation » ou à la détention administrative fondée sur des « dossiers secrets » porte atteinte aux garanties d’un procès équitable et sert à réprimer le travail journalistique.
Les institutions affirment enfin que le ciblage des journalistes, que ce soit par le meurtre, l’arrestation ou la disparition forcée, constitue une violation des Conventions de Genève protégeant les civils, y compris les journalistes, et peut s’apparenter à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité au titre du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, lorsqu’ils sont commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre des populations civiles.
Face à ces crimes, elles appellent à une responsabilisation internationale immédiate, exigent la libération urgente de tous les journalistes détenus et la révélation du sort des journalistes de Gaza victimes de disparition forcée.
Elles exhortent enfin les Nations unies et l’ensemble du système international à assumer leurs responsabilités juridiques et à sortir de la paralysie et de la complicité, en prenant des mesures concrètes et urgentes pour mettre fin à ce qu’elles qualifient de crime de génocide, et pour demander des comptes aux dirigeants de l’occupation pour les violations commises contre les journalistes et l’ensemble du peuple palestinien.
H.A



