Ramallah, le 29 octobre 2026, WAFA — Soixante-dix ans après le massacre de Kafr Qasim, perpétré le 29 octobre 1956, la mémoire de cette tragédie demeure profondément ancrée dans la conscience collective palestinienne. Ce jour-là, des soldats israéliens ont tué 49 civils palestiniens, dont 23 mineurs, après leur avoir imposé un couvre-feu dont ils n’avaient pas été informés.
Ce massacre constitue l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire des Palestiniens restés sur leurs terres après la Nakba de 1948. Il continue d’illustrer les conséquences de la répression militaire exercée contre cette population durant les premières décennies de l’État d’Israël.
Un couvre-feu imposé sans avertissement :
Le 29 octobre 1956, alors que de nombreux habitants de Kafr Qasim travaillaient encore dans les champs et à l’extérieur du village, les autorités militaires israéliennes imposèrent un couvre-feu à partir de 17 heures. Les travailleurs, qui ignoraient cette décision, regagnaient leur domicile lorsqu’ils furent interceptés par des membres de la police des frontières israélienne.
Selon les témoignages et les récits historiques relatifs à cet événement, les soldats avaient reçu l’ordre de tirer sur toute personne se trouvant à l’extérieur après l’entrée en vigueur du couvre-feu, sans distinction d’âge ni de sexe.
À leur retour au village, plusieurs groupes de civils furent ainsi pris pour cible. Des hommes, des femmes et des enfants furent abattus, alors même qu’ils n’avaient pas connaissance des restrictions imposées. Parmi les victimes figuraient 23 mineurs, dont plusieurs enfants.
Le massacre de Kafr Qasim s’inscrit dans un contexte régional marqué par l’escalade militaire de 1956, notamment l’offensive israélo-franco-britannique contre l’Égypte. Il demeure néanmoins un épisode distinct, associé à la mise à mort de civils palestiniens soumis à un régime de contrôle militaire.
Des condamnations suivies de libérations anticipées :
À cette époque, les citoyens palestiniens vivant en Israël étaient soumis à un régime militaire qui a perduré de 1948 à 1966. Ce système restreignait notamment leurs déplacements et les plaçait sous une surveillance étroite des autorités.
Après le massacre, une procédure judiciaire fut engagée contre plusieurs membres des forces impliquées. Des soldats furent condamnés à des peines de prison, tandis que les sanctions prononcées à l’encontre des responsables militaires suscitèrent de nombreuses critiques en raison de leur caractère jugé disproportionné par rapport à la gravité des faits.
Les condamnés furent libérés après avoir purgé une partie de leurs peines. Le commandant de brigade, quant à lui, se vit infliger une amende symbolique d’une seule piastre.
Ces décisions ont durablement marqué la perception du massacre dans la société palestinienne, où la procédure judiciaire est souvent considérée comme n’ayant pas permis d’établir une responsabilité à la hauteur de la gravité du crime.
Une tragédie inscrite dans la mémoire palestinienne :
Soixante-dix ans après les faits, Kafr Qasim reste un symbole de la souffrance des Palestiniens et de leur lutte pour la reconnaissance de leur histoire. La commémoration annuelle du massacre rappelle le sort des victimes, mais également les conséquences des politiques de contrôle militaire et des violences dirigées contre les populations civiles.
Cette tragédie est régulièrement évoquée aux côtés d’autres événements douloureux de l’histoire palestinienne, notamment la Nakba de 1948 et le massacre de Qibya en 1953. Bien que ces événements se soient déroulés dans des circonstances différentes, ils occupent une place importante dans la mémoire collective palestinienne et dans les débats sur la responsabilité, la justice et la protection des civils.
Au fil des décennies, Kafr Qasim est également devenu un lieu de transmission de la mémoire aux nouvelles générations. Les cérémonies commémoratives et les témoignages des familles contribuent à préserver le souvenir des victimes et à empêcher que les circonstances du massacre ne tombent dans l’oubli.
Une mémoire toujours actuelle :
La commémoration du 70e anniversaire intervient dans un contexte où la question de la protection des civils palestiniens, du respect du droit international humanitaire et de la lutte contre l’impunité demeure au cœur des préoccupations internationales.
Depuis le 7 octobre 2023, la guerre dans la bande de Gaza a provoqué une catastrophe humanitaire majeure et de nombreuses pertes civiles, tandis que les appels à la protection de la population et à l’établissement des responsabilités se sont multipliés. Les événements de Kafr Qasim sont ainsi rappelés dans le cadre d’une mémoire historique plus large, marquée par la répétition des violences et par les revendications palestiniennes en faveur de la justice.
Sans effacer les différences entre les contextes historiques, le massacre de 1956 demeure un rappel de la nécessité de protéger les populations civiles, de garantir le respect du droit et de prévenir la répétition de tels crimes.
En ce 29 octobre 2026, soixante-dix ans après la tragédie, le souvenir des victimes de Kafr Qasim reste vivant. Pour les Palestiniens, cette commémoration ne relève pas seulement du devoir de mémoire : elle constitue également un appel à la vérité, à la reconnaissance des souffrances endurées et à une justice effective.
H.A



