Jérusalem, le 24 août 2026, WAFA— Le ministère palestinien des Affaires étrangères et des Expatriés a organisé lundi une visite de terrain destinée aux membres du corps diplomatique accrédité auprès de l’État de Palestine dans le camp de réfugiés de Qalandia, afin de leur permettre de constater sur place les crimes et violations commis par les forces israéliennes.
La visite, à laquelle ont participé 28 missions diplomatiques, comprenait notamment le Centre de formation de Qalandia, que les autorités israéliennes cherchent à fermer et à contrôler, ainsi que l’école de filles de Qalandia et plusieurs secteurs du camp. Les diplomates ont pu constater les sites ciblés et endommagés et recevoir un exposé sur la situation humanitaire et les services essentiels, ainsi que sur les répercussions de ces mesures sur les habitants et les infrastructures civiles.
Dans une intervention à distance, le directeur des affaires de l’UNRWA, Roland Friedrich, a déclaré que le centre de formation professionnelle faisait partie du programme éducatif de l’agence, qui fournit des services à plus de 1,1 million de bénéficiaires enregistrés en Cisjordanie, y compris à Jérusalem.
Il a indiqué que les autorités israéliennes avaient fermé plusieurs installations de l’UNRWA, notamment trois écoles dans le camp de Shuafat et des écoles situées à Silwan, Wadi al-Joz et Sur Baher, ainsi que deux centres de formation à Qalandia et dans la ville de Jérusalem. Il a également cité la fermeture de la clinique Al-Zawiya, située à l’intérieur de Bab al-Sahira, et du siège principal de l’agence dans le quartier de Sheikh Jarrah, qualifiant ces mesures de violation du droit international.
Friedrich a souligné que le centre de formation constituait une source d’espoir pour les jeunes réfugiés grâce à ses programmes de formation et d’enseignement, ainsi qu’à ses cours d’été et ses formations courtes spécialisées. Le centre met également ses bâtiments à la disposition de la communauté locale et y organise des activités communautaires. Il comprend environ huit bâtiments.
De son côté, le vice-ministre palestinien des Affaires étrangères et des Expatriés chargé des Affaires politiques, Omar Awadallah, a déclaré qu’il était impossible de se passer de l’UNRWA, « particulièrement en cette période », alors que Gaza est confrontée à une situation de génocide. Selon lui, Israël cherche, en ciblant les installations de l’agence, à priver le peuple palestinien d’éducation, de soins de santé et de perspectives d’avenir.
Il a estimé qu’« il ne peut y avoir de développement sous occupation », tout en soulignant que l’UNRWA avait malgré tout contribué à fournir aux Palestiniens les connaissances et les outils nécessaires. Le Centre de formation de Qalandia constitue, selon lui, l’un de ces outils. Il a ajouté que l’UNRWA n’était pas seulement un témoin de la Nakba de 1948, mais aussi une agence qui avait aidé les Palestiniens à envisager leur avenir.
Awadallah a ajouté que la question ne concernait pas uniquement le mandat de l’UNRWA établi par les Nations unies, mais aussi une attaque plus large contre le système multilatéral. Il a accusé Israël de s’en prendre à l’ONU à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza, estimant que le pays cherchait à empêcher tout système multilatéral de jouer un rôle. « Ils sont contre le droit international, et le mandat de l’UNRWA fait partie de ce droit international », a-t-il affirmé, appelant les pays représentés lors de la visite à soutenir l’agence et, à travers elle, le droit international.
Il a également indiqué que la Cour internationale de Justice avait statué l’année dernière que la communauté internationale avait l’obligation de soutenir l’UNRWA et qu’Israël devait respecter le mandat, les privilèges et les immunités de l’agence et s’abstenir de cibler ses installations, soulignant qu’une attaque contre l’UNRWA constituait une attaque contre les réfugiés palestiniens.
Le vice-gouverneur de Jérusalem, Abdullah Siam, a déclaré que cette visite intervenait après le ciblage du camp et du centre de formation professionnelle, dans le cadre de mesures israéliennes visant à entraver le travail de l’UNRWA. Il a exprimé l’espoir que cette initiative puisse constituer un moyen de dissuasion face à une occupation qui, selon lui, « agit désormais en dehors du cadre du droit international ».
Mohammad Alyan, président du Comité national pour la défense du droit au retour, a pour sa part déclaré que les autorités israéliennes intensifiaient leurs mesures visant à restreindre le travail de l’UNRWA et à l’empêcher d’exercer son mandat. Ces mesures concernent non seulement l’administration de l’agence, mais également ses locaux, ses infrastructures, son personnel et ses services, notamment à Jérusalem et dans plusieurs régions de Cisjordanie. Elles affectent directement les services d’éducation, de santé, d’aide sociale et d’assistance humanitaire fournis par l’agence.
Alyan a insisté sur le fait que l’UNRWA n’était « ni une organisation hostile ni une institution palestinienne dont l’occupation pourrait décider de l’autoriser ou de l’interdire », mais une agence créée par les Nations unies et dont le mandat découle des résolutions de l’ONU. Il a ainsi appelé les États et les organisations internationales à exercer une pression politique et juridique réelle sur Israël afin de mettre fin à ces mesures et à prendre des mesures de sanction à son encontre.
Kanaan al-Jamal, directeur du dossier de l’UNRWA au sein du Département des affaires des réfugiés, a présenté un exposé sur les mesures israéliennes visant l’agence. Il a indiqué que la Knesset israélienne avait qualifié l’UNRWA d’« organisation hostile » et appelé à sa destruction. Selon lui, les camps de réfugiés sont directement ciblés dans le but de mettre fin à la question du droit au retour. Il a affirmé que 90 % des installations de l’UNRWA dans la bande de Gaza avaient été entièrement détruites, tandis que plusieurs camps du nord de la Cisjordanie avaient également été dévastés, empêchant l’agence de fournir ses services. Il a souligné le rôle du Département des affaires des réfugiés dans le soutien politique et financier apporté à l’UNRWA afin qu’elle puisse continuer à remplir sa mission auprès des réfugiés.
Le 5 août dernier, les forces israéliennes avaient fait irruption dans le camp de Qalandia et imposé un bouclage total pendant deux jours, faisant des dizaines de blessés et d’arrestations et causant d’importants dégâts aux biens publics et privés. Plusieurs maisons avaient été transformées en casernes militaires et en centres de détention. Les forces israéliennes avaient également pris le contrôle du siège du comité populaire et du bureau du gouverneur de Jérusalem dans le camp, fermé les principales entrées et routes, et démoli sept commerces à proximité du checkpoint militaire de Qalandia. Une installation de lavage automobile avait également été démolie, la cour d’une maison rasée et le contenu de dizaines d’habitations détruit lors de perquisitions. Les façades de plusieurs commerces à l’intérieur du camp avaient également été endommagées.
Le camp de Qalandia revêt par ailleurs une importance stratégique dans les projets israéliens, en raison de sa situation à l’entrée nord du gouvernorat de Jérusalem, une zone où sont mis en œuvre plusieurs grands projets de colonisation visant à remodeler la géographie et la démographie de la ville.
Ces projets comprennent notamment le projet de colonie d’Atarot, prévu sur les terres de la localité de Qalandia et qui vise la construction de 7 000 à 9 000 unités de colonisation, ainsi que le projet de centre du patrimoine colonial, dont les autorités israéliennes ont posé la première pierre sur le site de l’ancien aéroport international de Jérusalem. S’y ajoutent un projet de tribunal militaire, une installation de traitement des déchets et le projet de route coloniale 45, qui relie le nord de Jérusalem aux profondeurs des territoires de 1948 et longe le camp de Qalandia.
H.A


