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Cerfs-volants à Gaza : quand un jeu d’enfant devient une source d’angoisse

Cerfs-volants à Gaza : quand un jeu d’enfant devient une source d’angoisse

Gaza, le 24 août 2026, WAFA —

Par Mohammad Dahman

À Gaza, le cerf-volant n’est plus seulement un jeu d’enfant. Il est devenu le symbole d’une enfance qui tente de retrouver quelques instants de joie au milieu des ruines de la guerre, tandis que les familles craignent que ce simple jeu ne serve de nouveau prétexte pour justifier les bombardements, les déplacements forcés et la destruction de leurs habitations et abris.

Dans le nord de la bande de Gaza, Karee Thabet, 35 ans, observe à distance le cerf-volant que son fils de 10 ans s’apprête à faire voler depuis le toit de la maison familiale à Al-Saftawi. Son inquiétude vient des menaces israéliennes récemment associées au lancement de cerfs-volants depuis Gaza.

Journaliste indépendante et militante sociale, Thabet a vu sa maison dans les tours Al-Karama, au nord-ouest de Gaza, détruite pendant la guerre. Elle a dû se déplacer avec son mari et ses enfants dans la maison de sa famille à Al-Saftawi. Elle se retrouve désormais face à un choix douloureux : priver son fils d’un jeu qu’il aime pour éviter de l’exposer, lui et sa famille, à un éventuel danger.

Elle estime toutefois que les enfants ont le droit de jouer et de vivre comme les autres enfants du monde. Selon elle, son fils voit dans le cerf-volant un simple jouet et ne peut comprendre les considérations militaires qui lui sont associées. Elle raconte avoir entendu un voisin interdire sévèrement à ses enfants de jouer avec des cerfs-volants, signe, selon elle, de la manière dont la peur s’est infiltrée dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne à Gaza.

Le droit des enfants à la joie :

Walid al-Awad, lui-même déplacé à plusieurs reprises d’une tente à l’autre durant les années de guerre, estime que les enfants de Gaza ne doivent pas grandir dans la peur.

Il appelle les parents à transmettre à leurs enfants le courage et la conviction qu’ils ont le droit de vivre, de jouer et de profiter de leur enfance. Il redoute que les menaces israéliennes liées aux cerfs-volants ne servent de prétexte sécuritaire pour cibler des enfants ou provoquer de nouveaux déplacements de population et la destruction des habitations restantes.

Selon lui, les habitants de Gaza, qui ont vécu des années de morts, de destructions et de déplacements, ne veulent pas d’une nouvelle guerre, mais refusent également que la peur prive leurs enfants des derniers fragments d’une enfance normale.

D’une source de revenus à un jeu qui fait peur :

Dans le sud de Gaza, Hassan Siam, 48 ans, originaire de Rafah et père de quatre enfants, se trouve confronté au même dilemme.

Actuellement déplacé dans une tente à Al-Mawasi, à Khan Younès, il explique que son fils de 17 ans fabriquait et vendait des cerfs-volants aux enfants afin de contribuer, même modestement, aux revenus d’une famille épuisée par les déplacements et les difficultés économiques.

Les menaces liées aux cerfs-volants l’ont conduit à s’interroger sur l’opportunité de demander à son fils d’arrêter cette activité, alors que leur fabrication et leur vente constituaient une petite source de revenus permettant à la famille de couvrir certains besoins quotidiens.

Quand un jeu devient une source de peur :

Les inquiétudes des familles sont apparues après des menaces israéliennes concernant le lancement de cerfs-volants depuis Gaza vers Israël, accompagnées de menaces d’évacuation de certaines zones de l’enclave et d’une intensification des opérations militaires.

Ces menaces ont suscité des préoccupations parmi des défenseurs des droits humains et des responsables politiques, qui craignent qu’elles ne soient utilisées comme justification à de nouvelles attaques contre les civils, alors que Gaza ne peut, selon eux, supporter une nouvelle vague de morts, de destructions et de déplacements.

Pour les enfants, cependant, le cerf-volant n’a rien à voir avec la politique ou les calculs militaires : c’est un jouet, un petit espace de joie et une fenêtre ouverte sur un ciel qu’ils voudraient voir réservé au jeu plutôt qu’aux avions de guerre.

Une tradition profondément ancrée dans la mémoire de Gaza :

Les cerfs-volants ne sont pas nouveaux dans l’enfance gazaouie. Ils occupent depuis longtemps une place dans la mémoire collective de la bande de Gaza.

En 2011, environ 13 000 enfants avaient participé à une activité organisée par l’UNRWA pour faire voler des cerfs-volants au-dessus de la plage de Gaza. Ils avaient alors établi un record mondial du plus grand nombre de cerfs-volants volant simultanément.

Aujourd’hui, cette activité s’est déplacée vers les camps de déplacés et les espaces restreints. Quelques morceaux de papier ou de nylon, des baguettes et une ficelle suffisent pour fabriquer un cerf-volant, permettant aux enfants de participer eux-mêmes à sa confection et de retrouver, ne serait-ce que quelques minutes, une partie de leur enfance.

Dans une réalité où beaucoup ont perdu leur maison, leur école, leurs espaces de jeu et leurs lieux sûrs, le cerf-volant est ainsi devenu pour certains enfants un moyen de retrouver une petite part de cette enfance perdue.

« Ils ne laisseront pas le ciel à la peur » :

Entre une mère qui déchire le cerf-volant de son fils par crainte pour sa sécurité et un père qui envisage de demander à son fils d’arrêter d’en fabriquer, les enfants de Gaza continuent de revendiquer quelque chose de fondamental : le droit de jouer, de rêver et de regarder le ciel à la recherche d’un cerf-volant plutôt que d’un avion de guerre.

Le reportage souligne que des années de guerre, de destruction et de déplacement n’ont pas effacé leur désir de vivre ni leurs petits rêves.

À Gaza, où les enfants ont perdu leurs maisons, leurs écoles, leurs terrains de jeu et de nombreux espaces sûrs, le cerf-volant dépasse désormais le simple cadre du jeu : il devient le symbole d’un attachement à la vie et au droit à l’enfance.

Le fil tenu par l’enfant représente ainsi, dans le récit, un fil symbolique qui le rattache à la vie, malgré la peur et les menaces.

H.A

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