Ramallah, le 21 août 2026, WAFA — Le 21 août marque le 57e anniversaire de l’incendie de la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, un acte qui avait provoqué une vive émotion dans le monde arabe et musulman et suscité une mobilisation internationale autour de la protection des lieux saints de la ville.
Le 21 août 1969, un ressortissant australien, Michael Denis Rohan, avait volontairement mis le feu à l’aile sud-est de la mosquée Al-Aqsa. L’incendie avait ravagé une partie importante de l’édifice, détruisant notamment la chaire historique de Saladin, également connue sous le nom de minbar de Salah al-Din, et menaçant le Dôme du Rocher.
Parmi les éléments architecturaux touchés figurait également la mosquée d’Omar, dont la structure était alors recouverte d’éléments en bois. Elle commémore, selon la tradition islamique, l’entrée du calife Omar Ibn Al-Khattab dans Jérusalem. Le sanctuaire de Zakaria, mitoyen de la mosquée d’Omar, avait également été endommagé.
Trois des sept galeries qui s’étendent du sud au nord de la mosquée, avec leurs colonnes, leurs arcs et leurs ornements, avaient été touchées par les flammes. Une partie du plafond s’était effondrée, ainsi qu’une grande partie de l’arche en pierre située sous le dôme de la mosquée. Quelque 74 fenêtres en bois avaient également été détruites.
Le feu avait par ailleurs endommagé des parties du dôme intérieur décoré de céramiques ainsi que les murs méridionaux de la mosquée. Quarante-huit fenêtres en plâtre et en vitraux avaient été détruites, tandis que de nombreux éléments décoratifs et des inscriptions comprenant des versets coraniques avaient été brûlés.
Selon les récits palestiniens de l’époque, les autorités d’occupation israéliennes avaient tenté d’empêcher les équipes de pompiers venues notamment d’Hébron, de Bethléem et de différentes villes et localités arabes de Cisjordanie de se rendre sur les lieux pour contribuer à éteindre l’incendie. L’eau aurait également été coupée dans le secteur de la mosquée, tandis que les pompiers relevant de la municipalité israélienne de Jérusalem auraient été empêchés de participer aux opérations d’extinction.
L’incendie avait provoqué une profonde indignation dans le monde arabe et musulman. Dès le lendemain, des milliers de fidèles musulmans s’étaient rassemblés pour prier à Al-Aqsa, tandis que des manifestations avaient éclaté à Jérusalem.
Face à l’ampleur des réactions, le premier sommet islamique s’était tenu à Rabat, au Maroc, quelques mois après l’incendie. Cette réunion avait conduit à la création de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui regroupe aujourd’hui les pays membres de l’organisation.
La communauté internationale avait également réagi à l’incendie. Le Conseil de sécurité des Nations unies avait adopté, le 15 septembre 1969, la résolution 271, condamnant l’incendie de la mosquée Al-Aqsa et appelant Israël à annuler toutes les mesures susceptibles de modifier le statut de Jérusalem. La résolution appelait également à l’application des dispositions des conventions de Genève ainsi que des règles du droit international applicables à l’occupation militaire.
Après son arrestation, l’auteur de l’incendie, Michael Rohan, avait été présenté par les autorités israéliennes comme souffrant de troubles mentaux. Il avait été placé pendant une courte période dans un établissement psychiatrique près d’Acre avant d’être renvoyé en Australie.
Les travaux de restauration d’Al-Aqsa avaient ensuite été pris en charge par le Comité de reconstruction de la mosquée relevant du ministère jordanien des Waqfs. Une équipe technique avait commencé les travaux en 1970 afin d’éliminer les traces de l’incendie, de restaurer les parties endommagées et de reconstruire les éléments détruits.
Al-Aqsa au cœur des tensions depuis 1967 :
Depuis l’occupation israélienne de Jérusalem-Est en 1967, la mosquée Al-Aqsa, première qibla de l’islam et troisième lieu saint musulman, demeure au centre des tensions politiques, religieuses et territoriales entourant la ville.
Le complexe d’Al-Aqsa, également connu sous le nom de Haram al-Sharif, est soumis à un statu quo historique et religieux selon lequel les Waqfs islamiques, sous tutelle jordanienne, administrent les affaires religieuses du site, tandis que les autorités israéliennes en contrôlent les accès et la sécurité.
Depuis plusieurs années, les autorités palestiniennes, jordaniennes et plusieurs pays arabes et musulmans dénoncent régulièrement les incursions de responsables israéliens et de groupes de colons dans l’enceinte de la mosquée, généralement sous protection des forces israéliennes, ainsi que les restrictions imposées à l’accès des fidèles palestiniens.
Ces dernières années, les tensions se sont particulièrement accentuées autour de la question du statu quo. Les autorités palestiniennes et jordaniennes accusent Israël de chercher à modifier progressivement les règles historiques régissant le site et dénoncent les appels à instaurer une division temporelle et spatiale de la mosquée.
Les restrictions d’accès constituent également une source récurrente de tensions. Des fidèles palestiniens se voient régulièrement imposer des restrictions ou interdire l’accès à la Vieille Ville et à la mosquée Al-Aqsa, notamment lors des périodes de forte affluence religieuse.
Les autorités jordaniennes ont, à plusieurs reprises, dénoncé les incursions de responsables israéliens et de colons dans l’enceinte d’Al-Aqsa, estimant qu’elles constituent des violations du droit international et du statu quo historique et juridique applicable aux lieux saints de Jérusalem.
Fouilles, tunnels et colonisation :
Depuis l’occupation de Jérusalem-Est, Israël mène également des travaux archéologiques et des fouilles dans et autour de la Vieille Ville. Les autorités palestiniennes et jordaniennes dénoncent depuis des décennies des excavations et la construction de tunnels sous et autour de l’esplanade des Mosquées, qu’elles considèrent comme une menace pour les fondations et l’intégrité du site.
Ces autorités accusent également Israël de poursuivre une politique visant à modifier progressivement le caractère historique, culturel et démographique de Jérusalem-Est, notamment à travers l’expansion des colonies, les démolitions de maisons palestiniennes, les restrictions d’urbanisme et les mesures visant les habitants palestiniens de la ville.
La Vieille Ville de Jérusalem et ses remparts, qui comprennent notamment le complexe d’Al-Aqsa, restent par ailleurs au centre des préoccupations de la communauté internationale en matière de préservation du patrimoine culturel et historique.
Les Nations unies et plusieurs organisations internationales ont régulièrement réaffirmé que Jérusalem-Est faisait partie des territoires palestiniens occupés depuis 1967 et appelé au respect du droit international ainsi qu’à la préservation du caractère historique et religieux des lieux saints.
Une tension persistante :
Cinquante-sept ans après l’incendie de 1969, Al-Aqsa reste ainsi au cœur des tensions à Jérusalem. Pour les Palestiniens et la Jordanie, la protection du sanctuaire et le maintien du statu quo historique et juridique constituent des priorités fondamentales.
Les incursions, les restrictions d’accès, les fouilles, les projets de colonisation et les mesures israéliennes dans et autour de la Vieille Ville continuent d’alimenter les tensions et les craintes d’une modification progressive du caractère et du statut de l’un des principaux lieux saints de l’islam.
L’anniversaire de l’incendie d’Al-Aqsa demeure ainsi, 57 ans plus tard, un rappel de l’importance de la protection des lieux saints de Jérusalem et de la nécessité, selon les Palestiniens et plusieurs pays arabes et musulmans, de préserver leur statut historique, religieux et juridique conformément au droit international.
H.A


