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« Résistance au mur et à la colonisation » : 18 attaques contre des monuments et des symboles palestiniens en Cisjordanie depuis le début de l’année

« Résistance au mur et à la colonisation » : 18 attaques contre des monuments et des symboles palestiniens en Cisjordanie depuis le début de l’année

 

Ramallah, 20 octobre 2026, WAFA— Les forces d’occupation israéliennes et les colons ont commis 18 attaques contre des monuments et des symboles palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem, depuis le début de l’année 2026, a indiqué mardi l’Autorité de résistance au mur et à la colonisation.

D’après les données recueillies et documentées par l’Autorité, ces attaques ont visé 16 monuments et mémoriaux, un mausolée ainsi que des fresques représentant des personnalités palestiniennes.

Elles ont été recensées dans six gouvernorats. Naplouse arrive en tête avec six incidents, suivie de Ramallah et Al-Bireh avec quatre, de Jérusalem avec trois, d’Hébron et de Jénine avec deux chacune, et de Tulkarem avec un. Ces chiffres correspondent au nombre d’incidents enregistrés, certains ayant touché plusieurs monuments ou sites.

Pour l’Autorité, cette répartition géographique révèle une réalité qui dépasse les circonstances propres à chaque attaque. Les faits se produisent dans des lieux très différents — camps de réfugiés, universités, entrées de villages ou centres-villes — qui ont toutefois en commun d’exposer les symboles palestiniens au regard du public. La destruction d’un monument dans ces espaces bouleverse un paysage familier et en efface une part de la mémoire collective palestinienne.

La répartition des attaques met également en évidence le rôle direct de l’armée d’occupation : 13 incidents lui sont attribués, contre trois imputés aux colons et deux commis par des colons sous la protection de l’armée. L’un de ces derniers s’est déroulé à Madama, avec la participation du député israélien Tzvi Sukkot.

Ces attaques menées sous protection militaire illustrent la manière dont la présence des colons dans les localités palestiniennes peut se traduire par des agressions au cœur même de l’espace public. Les moyens employés varient — bulldozers militaires, marteaux ou actes de vandalisme —, mais les conséquences convergent : les symboles perdent leur visibilité et leur préservation se trouve soumise aux rapports de force.

L’impact dépend aussi de la nature des dégradations. Lorsqu’un monument est partiellement détruit, les vestiges témoignent encore de l’attaque ; lorsqu’il est démoli puis emporté, le site est privé de sa structure d’origine. Dans les deux cas, les habitants se trouvent confrontés à la difficulté de restaurer le monument, qu’il s’agisse de ses inscriptions, des noms qu’il porte ou de son apparence familière. Les cas de Beit Daqou et de Birzeit montrent que les conséquences peuvent se prolonger bien après la démolition : retrouver les éléments du monument devient alors un enjeu à part entière de la préservation de la mémoire.

Le mois d’octobre se distingue dans cette chronologie : neuf incidents ont été enregistrés au cours de ses vingt premiers jours, soit la moitié du total recensé.

Les faits signalés durant cette période ont notamment concerné l’université de Birzeit, Silat al-Harithiya, Naplouse, Yaabad, al-Rayhan, Abou Fallah, le camp d’al-Jalazone et Burqa.

La succession rapprochée de ces incidents montre que les monuments ont été pris pour cible à plusieurs reprises, en l’espace de quelques jours, dans différents gouvernorats. Les attaques ont touché des établissements d’enseignement, des camps de réfugiés et des localités, exposant les symboles présents dans l’espace public à des interventions répétées, dont les effets se prolongent à chaque nouvelle incursion.

Dans le gouvernorat de Jérusalem, cette série comprend la démolition du mémorial des martyrs du camp de Qalandiya lors d’une incursion, le 26 janvier, puis la destruction et la confiscation, le 11 mars, du monument dédié à Arafat Daoud, à l’entrée de Beit Daqou. Le monument des martyrs du camp de Chouafat a, quant à lui, été détruit le 23 mars.

La portée de ces attaques tient notamment aux liens étroits entre ces monuments et la mémoire des communautés qui les entourent, dans un contexte marqué par des restrictions de circulation et des contraintes pesant sur l’organisation de l’espace et l’aménagement urbain. Dans les camps, les mémoriaux portent les noms de personnes liées aux mêmes familles et aux mêmes quartiers. À l’entrée d’un village, ils constituent des repères qui rappellent l’identité et l’histoire du lieu, au quotidien, aux habitants comme aux visiteurs.

À Naplouse, les incidents recensés ont commencé le 21 juin par la destruction du monument dédié à Mohammad Abou Bakr, dans le secteur d’al-Junaid. Le 31 juillet, des colons protégés par l’armée ont ensuite pris pour cible le mausolée de Mohammad al-Junaidi, dans le même secteur. Les attaques contre ces deux sites montrent que les interventions ne se limitent pas aux monuments commémoratifs, mais s’étendent également aux lieux de sépulture.

Dans les deux cas, la mémoire est attachée à une personne, à une famille et à son environnement social. De telles attaques compromettent la possibilité, pour les proches, de disposer d’un lieu de visite et de recueillement. Elles renforcent aussi le sentiment que les traces laissées par leurs défunts restent vulnérables, même après leur mort.

L’attaque menée à Madama, le 25 août, revêt une dimension politique particulière. En présence de soldats de l’occupation, le député israélien Tzvi Sukkot a participé, à coups de marteau, à la destruction partielle du mémorial des martyrs du village.

La participation d’un membre de la Knesset à cette opération donne à l’attaque une portée politique supplémentaire : elle associe une figure de la représentation politique israélienne à une intervention visant les symboles d’une communauté palestinienne. La place du village devient ainsi le théâtre d’une démonstration de force au cœur de l’espace collectif.

La protection militaire facilite l’accès au site et permet la réalisation de l’attaque, tandis que les habitants doivent faire face à la disparition d’un monument qui faisait partie de leur environnement quotidien.

À Naplouse, les attaques se sont poursuivies les 6 et 7 octobre. Le premier jour, le monument dédié au martyr surnommé « al-Saïdi » a été détruit dans le quartier central. Le lendemain, un autre monument a été démoli et des photographies ont été retirées dans la ville, notamment dans les secteurs du rond-point et de Ras al-Aïn.

L’attaque contre Burqa, le 20 octobre, s’inscrit dans cette même dynamique. Le passage des quartiers urbains aux villages du gouvernorat montre que les monuments visés occupent une place à différents niveaux de la mémoire locale. Présents dans les quartiers résidentiels, le long des axes de circulation ou dans les lieux de rassemblement, ils entretiennent un lien quotidien entre les habitants et les figures auxquelles ils rendent hommage.

Dans le gouvernorat de Jénine, l’armée a détruit un mémorial à Silat al-Harithiya dans la soirée du 5 octobre, avant de démolir, le 7 octobre, le monument dédié à Yasser Diab Hamdouni à Yaabad. Ces opérations ont coïncidé avec le retrait de photographies de martyrs dans le centre-ville de Jénine.

À Yaabad, la démolition avait été précédée d’un avis annonçant le retrait du monument. Cette succession entre notification et exécution souligne le caractère planifié de l’intervention : le sort du monument est décidé à l’avance, puis imposé par la force. Pour les habitants, la perte ne se limite pas à la structure matérielle ; elle touche aussi les noms et les images qu’ils ont choisi de mettre en valeur dans leur environnement.

À Tulkarem, une seule opération a touché plusieurs monuments et symboles. Le 4 août, les destructions ont concerné les monuments dédiés à Georges Habache et à Ziad Daas, le mémorial des martyrs ainsi que d’autres repères. Des photographies ont également été vandalisées à Kafr al-Labad et à Chouika. La diversité des sites et des noms montre que l’opération a affecté un ensemble de symboles répartis dans les rues, les ronds-points et les lieux de rassemblement.

Ces destructions ont laissé des vides dans le paysage public et touché des mémoires liées à plusieurs générations et à des expériences différentes. Elles rappellent que la valeur de ces monuments dépasse leur dimension matérielle : les noms qu’ils portent permettent aux habitants de maintenir vivant le souvenir de leur histoire politique et sociale.

Dans le gouvernorat de Ramallah et Al-Bireh, la série des incidents enregistrés en octobre a commencé le 5 du mois par la démolition et l’enlèvement du mémorial des martyrs de l’université de Birzeit. Au sein d’un établissement d’enseignement, un tel monument s’inscrit dans un lieu de formation, de transmission du savoir et de construction de la conscience collective. Les noms qui y figurent relient les générations d’étudiants à celles qui les ont précédées et inscrivent l’histoire nationale de l’université dans son propre campus.

L’enlèvement du mémorial affecte ainsi la manière dont l’université transmet cette mémoire à ses étudiants. Il étend également les conséquences de l’incursion au-delà des installations universitaires, en touchant le lien entre l’établissement, son histoire et sa communauté.

Trois autres attaques ont ensuite été recensées dans le gouvernorat : le 9 octobre, des colons ont détruit le monument dédié à Muhannad al-Halabi, à l’entrée du quartier d’al-Rayhan ; le 12 octobre, un bulldozer militaire a démoli le mémorial des martyrs au centre de Khirbet Abou Fallah ; enfin, le 14 octobre, les forces d’occupation ont démoli le mémorial des martyrs du camp d’al-Jalazone.

Ces monuments sont tous implantés dans des lieux de passage ou de rassemblement fréquentés au quotidien. Les habitants retrouvent ainsi les traces de l’attaque sur leurs trajets habituels, tandis que l’absence du monument continue de modifier le paysage, bien après le départ des auteurs.

Dans le sud de la Cisjordanie, des colons ont pris pour cible, le 24 mai, le mémorial dédié à Suleiman al-Hathaleen, à Umm al-Kheir, dans la région de Masafer Yatta.

Suleiman al-Hathaleen reste associé, dans la mémoire palestinienne, à la défense des terres et à la lutte contre les expulsions. L’attaque contre son mémorial vise donc un symbole local dont la portée dépasse les limites du village. Érigé au cœur d’une communauté rurale, il contribue à inscrire cette mémoire dans le territoire où elle a pris racine.

À al-Tabaqa, dans la localité de Doura, l’armée a détruit, le 29 juin, des fresques représentant plusieurs figures palestiniennes, dont Basel al-Araj, Naji al-Ali et Ghassan Kanafani. Elle a également contraint des habitants à participer aux travaux de démolition. L’attaque ne s’est donc pas limitée aux monuments : elle a aussi visé des formes d’expression artistique qui font vivre, sur les murs du village, des parcours individuels et des idées.

En obligeant les habitants à effacer eux-mêmes ces représentations, les forces israéliennes ont donné à l’acte de destruction une dimension supplémentaire : celle d’une participation imposée à l’effacement de symboles dont la population avait choisi de préserver la présence.

La diversité des figures visées témoigne de l’ampleur du patrimoine mémoriel touché. Le recensement comprend des monuments dédiés à des martyrs locaux, des figures politiques, ainsi que des portraits d’écrivains et d’artistes. Il reflète la pluralité des expériences que la société palestinienne entend transmettre, où les parcours individuels se mêlent à l’histoire politique et culturelle.

Chacun de ces repères contribue à raconter le lieu à sa manière. Leur disparition appauvrit le paysage, mais aussi les possibilités d’en lire et d’en comprendre l’histoire.

Les monuments, les portraits et les fresques constituent en effet une sorte d’archive à ciel ouvert, qui fait vivre les souvenirs au-delà des livres et des institutions officielles.

Au fil de leurs déplacements, les habitants lisent les noms, cherchent à connaître les personnes qu’ils désignent et transmettent leur histoire aux enfants comme aux nouveaux arrivants. Ces échanges donnent aux places et aux rues une signification qui dépasse leur simple fonction. Lorsqu’un monument disparaît, c’est aussi un support de cette transmission qui est perdu. Il revient alors aux habitants de le reconstruire ou de trouver d’autres moyens de maintenir ces souvenirs dans l’espace public.

La destruction de ces symboles s’inscrit également dans une logique de contrôle du paysage : elle revient à déterminer ce que les Palestiniens peuvent montrer dans l’espace qu’ils habitent. En effaçant un nom ou une image, les auteurs de ces actes modifient l’apparence du lieu et imposent leur capacité à en redéfinir les repères.

Cette dynamique peut être analysée comme une forme d’occupation visuelle de l’espace palestinien, où les signes de l’identité sont exposés aux interventions militaires et aux attaques de colons. Elle se matérialise lorsqu’un bulldozer détruit un monument sur une place de camp de réfugiés, lorsqu’un responsable politique manie un marteau dans un village ou lorsque les noms d’étudiants sont effacés du campus de leur université.

Ces actes portent également atteinte à la capacité des institutions et des communautés locales à préserver leur patrimoine culturel et à en décider. Universités, villages et camps choisissent leurs propres repères en fonction de leur histoire et des liens qu’ils entretiennent avec la population.

L’intervention armée rompt ces liens et impose aux habitants une perte qu’ils n’ont pas choisie. Reconstruire un monument ou restaurer une fresque permet alors de réaffirmer une identité collective, de renouer le lien entre un nom, une histoire et un lieu, et d’empêcher que le souvenir ne disparaisse avec son support matériel.

L’Autorité souligne que les 18 attaques recensées posent une question fondamentale : celle de la possibilité, pour les Palestiniens, de maintenir leur histoire visible sur leur propre terre. À Jérusalem, Naplouse, Jénine, Tulkarem, Ramallah et Hébron, les atteintes répétées aux monuments montrent combien les traces de la mémoire locale restent exposées à la force, alors même qu’elles préservent les récits et les expériences que les habitants souhaitent transmettre aux générations suivantes.

N.S 

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