Gaza, le 13 avril 2026, WAFA – Sous l’effet de la guerre, une partie des terres agricoles de Gaza est progressivement détournée de sa vocation initiale, certains agriculteurs transformant leurs serres en espaces alternatifs, notamment en salles de mariage, pour survivre à l’effondrement du secteur agricole.
À Khan Younis, Ibrahim Khaled Al-Astal (25 ans) illustre cette réalité. Issu d’une famille d’agriculteurs, il a perdu son père pendant la guerre et vu sa maison détruite, contraignant plus de 30 membres de sa famille à vivre sous tente sur leur propre terre. Faute de moyens, son exploitation – autrefois de 15 dunums – n’est plus cultivée qu’en partie, en raison du manque aigu de semences, d’engrais, de matériaux pour les serres et de carburant pour l’irrigation.
La pression s’est accrue avec l’accueil de déplacés, partageant des ressources déjà limitées, notamment l’eau. Face à l’arrêt de la production et au licenciement des ouvriers, la famille s’est tournée vers l’auto-production avec la participation des femmes et des enfants, et a tenté des solutions alternatives comme la fabrication de compost, sans résultats suffisants.
Dans ce contexte, Al-Astal a converti une serre en salle de fêtes à bas coût, inaugurée début avril 2026, afin de générer un revenu minimal. Malgré des moyens rudimentaires et des risques liés aux conditions climatiques et aux coupures d’électricité, cette initiative offre quelques emplois dans un environnement marqué par un chômage massif.
Ce phénomène dépasse les cas individuels et s’inscrit dans une stratégie de survie adoptée par de nombreux agriculteurs, alors que les infrastructures agricoles sont largement détruites.
Sur le plan social, la guerre a également transformé les pratiques. Salah Abu Najja (30 ans), déplacé, a ainsi célébré récemment son mariage dans une serre aménagée, faute de salles traditionnelles, souvent détruites, coûteuses ou situées dans des zones dangereuses.
Selon Noha Al-Sharif, de l’organisation Agricultural Relief, le secteur agricole à Gaza est en « quasi-effondrement » : certaines zones ont subi plus de 95 % de destructions, et 94 % des agriculteurs ont perdu leur source de revenu. Les surfaces cultivées ont reculé de 70 à 80 %, aggravant l’insécurité alimentaire.
Elle avertit que la reconversion des terres agricoles menace durablement l’écosystème et compromet la reprise future du secteur. Malgré des programmes d’urgence (réhabilitation des terres, soutien aux intrants, agriculture communautaire), l’aide reste entravée par le manque de financement, les restrictions d’accès et la poursuite des hostilités.
Dans ce contexte, les agriculteurs de Gaza oscillent entre perte et adaptation, en quête de solutions temporaires pour préserver leur subsistance, dans l’espoir d’un retour à leurs terres et à leur activité agricole.
H.A



