Ramallah, le 24 mai 2026, WAFA- Le village bédouin palestinien de Khan Al-Ahmar, à l’est de Jérusalem occupée, se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une bataille décisive autour de la présence palestinienne dans la région, après la relance par le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, d’un projet visant à évacuer et déplacer ses habitants.
Cette initiative intervient alors que les autorités israéliennes ont annoncé l’établissement d’un nouvel avant-poste colonial à proximité immédiate du village et de son école, dans une zone située entre les colonies illégales de Maale Adumim et Kfar Adumim.

Pour les Palestiniens et plusieurs observateurs, le projet dépasse largement le cadre d’un petit regroupement bédouin de quelque 320 habitants répartis dans 45 familles. Il s’inscrit dans une stratégie israélienne plus vaste visant à achever le projet dit du « Grand Jérusalem », destiné à relier les blocs coloniaux de Jérusalem-Est jusqu’à la mer Morte et à renforcer le contrôle israélien sur la zone stratégique dite « E1 ».

La mise en œuvre de ce plan permettrait, selon des responsables palestiniens, de couper la Cisjordanie occupée en deux en séparant son nord de son sud, tout en isolant Jérusalem-Est de son environnement palestinien, compromettant davantage la possibilité d’un futur État palestinien territorialement continu.
Situé à environ 12 kilomètres de la mosquée Al-Aqsa, Khan Al-Ahmar représente aujourd’hui, selon ses habitants, le dernier accès oriental reliant les Palestiniens à Jérusalem, après la fermeture progressive des accès nord, sud et ouest de la ville par Israël.
Le chef du conseil local du village, Eid Khamees, a déclaré à WAFA que les habitants vivent dans une crainte permanente d’une intervention israélienne soudaine visant à démolir les habitations et à déplacer la population.
« Nous avons organisé des équipes de surveillance jour et nuit afin de prévenir toute incursion des bulldozers israéliens », a-t-il affirmé, ajoutant que la situation actuelle est plus complexe qu’en 2018, lorsque des pressions internationales avaient permis de suspendre un précédent projet de démolition.
Les habitants dénoncent également des restrictions croissantes imposées par les colons israéliens, notamment l’interdiction d’accéder aux pâturages, le refus des permis de construire et les obstacles visant les projets humanitaires et de développement.
Mohammad Abu Dahouk, résident du village depuis sa naissance en 1955, affirme que la communauté existait bien avant l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Jérusalem en 1967.
« Nous vivons dans l’attente permanente d’une attaque. Beaucoup dorment habillés et chaussés, prêts à réagir à tout moment », a-t-il déclaré, soulignant que les habitants refusent d’abandonner leurs terres malgré les pressions.
De son côté, Amir Daoud, directeur du département de documentation à la Commission palestinienne de résistance au mur et à la colonisation, estime que l’accélération du projet d’évacuation de Khan Al-Ahmar constitue « une escalade coloniale dangereuse » s’inscrivant dans la politique israélienne d’annexion de Jérusalem et de fragmentation territoriale de la Cisjordanie.
Selon lui, Israël cherche à profiter du contexte international marqué par les crises régionales et les conflits en cours pour imposer des faits accomplis sur le terrain.
Daoud a averti que la politique israélienne ne vise pas uniquement Khan Al-Ahmar, mais s’étend également aux communautés bédouines et rurales de la vallée du Jourdain, des environs de Jérusalem et de Masafer Yatta, dans le sud de la Cisjordanie occupée.
Le village fait l’objet depuis plusieurs années d’ordres israéliens de démolition au motif de constructions sans permis, alors que les autorités israéliennes refusent systématiquement d’accorder des autorisations de bâtir aux Palestiniens dans cette zone.

L’affaire avait suscité une large mobilisation internationale en 2018, lorsque des responsables européens et des agences des Nations unies avaient averti qu’un transfert forcé de la population dans un territoire occupé pourrait constituer une violation grave du droit international et relever du crime de guerre.
Malgré les pressions croissantes et l’implantation de nouveaux avant-postes coloniaux autour du village ces dernières années, les habitants de Khan Al-Ahmar continuent d’affirmer leur attachement à leurs terres, convaincus que l’enjeu dépasse désormais les limites de leur petite communauté pour toucher l’avenir de Jérusalem et l’unité territoriale de la Cisjordanie.

H.A


