Accueil Rapports et Enquêtes 17/July/2026 12:56 PM

« Quatre ans de travail réduits en ruines » : à Al-Khader, les habitants face aux démolitions israéliennes

« Quatre ans de travail réduits en ruines » : à Al-Khader, les habitants face aux démolitions israéliennes

Bethléem, le 17 juillet 2026, WAFA – Située au sud de Bethléem, la ville palestinienne d'Al-Khader est devenue, selon ses habitants et des responsables locaux, un symbole des conséquences de la politique israélienne de démolition de logements, de restriction de la construction et d'expansion des colonies en Cisjordanie occupée. Ces mesures, affirment-ils, réduisent progressivement les possibilités de développement urbain, restreignent l'accès aux terres agricoles et accentuent les pressions sur la population palestinienne.

Parmi les habitants touchés figure Mohammad Adnan Sbaih, connu sous le nom d'Abou Ammous, dont la maison de deux étages a été démolie par les autorités israéliennes en septembre 2025, après quatre années de travaux et d'économies. D'une superficie de 270 mètres carrés par étage, l'habitation avait coûté environ 1,3 million de shekels (près de 350 000 dollars). Pour financer sa construction, il affirme avoir vendu les bijoux de son épouse, mobilisé vingt années d'économies familiales, utilisé les économies de son fils et vendu son ancien appartement. Il indique être toujours endetté à hauteur de 45 000 shekels et avoir dû racheter son ancien logement afin de reloger sa famille.

Selon les autorités locales, son cas n'est qu'un exemple parmi de nombreuses démolitions enregistrées dans la ville. Al-Khader fait face depuis plusieurs années à une multiplication des ordres de démolition et des interdictions de construire, en particulier dans les secteurs d'Umm Rakaba, Ard al-Deir et Al-Baloua, considérés comme les derniers espaces permettant l'expansion urbaine de la localité.

Parallèlement, des milliers d'habitants sont privés d'accès à leurs terres agricoles situées au-delà de la barrière de séparation israélienne. Plus de 20 000 dounams de terres seraient concernés, tandis que quatre colonies israéliennes – Efrat, Daniel, Elazar et Sde Boaz – ainsi que plusieurs avant-postes ont été établis sur des terres appartenant à la commune.

Mahmoud Abdallah, membre du conseil municipal d'Al-Khader et responsable des activités agricoles, décrit une situation « catastrophique », aggravée depuis le 7 octobre 2023. Il affirme que les autorités israéliennes ont renforcé les restrictions de circulation en fermant les accès à la ville avec des remblais de terre et en limitant les déplacements des habitants vers leurs terres agricoles. Selon lui, plusieurs familles ont également été contraintes de quitter leur domicile sous la menace des forces israéliennes.

Les conséquences touchent également le secteur agricole, pilier de l'économie locale. D'après M. Abdallah, environ 5 000 dounams sont désormais totalement inaccessibles, tandis que l'accès aux autres parcelles est fortement restreint. Huit portails métalliques auraient été installés sur les routes agricoles et les passages menant aux terres via la route de contournement israélienne n°60 ont été fermés. Il affirme également que plusieurs sources d'eau ont été endommagées et que quatre puits ont été comblés.

Ces restrictions ont entraîné une forte baisse de la production agricole. Al-Khader compte près de 7 000 dounams de vignobles, qui produisaient environ 6 000 tonnes de raisin par an avant octobre 2023. La production serait tombée à environ 2 400 tonnes, contraignant certains agriculteurs, autrefois producteurs, à acheter du raisin et des feuilles de vigne sur les marchés locaux.

C'est le cas de Naïm Marzouq, agriculteur de 82 ans, qui affirme ne plus pouvoir accéder à ses terres situées derrière la barrière de séparation. Il explique qu'il commercialisait auparavant sa production à Bethléem, Ramallah et Jérusalem, mais qu'il est désormais empêché d'exploiter ses parcelles et affirme être régulièrement menacé par des colons lorsqu'il tente de s'en approcher.

Pour Hassan Breijieh, spécialiste des questions liées à la colonisation et au mur de séparation, les mesures prises à Al-Khader s'inscrivent dans une stratégie visant à réduire la présence palestinienne et à favoriser l'expansion des colonies. Il indique que les secteurs d'Umm Rakaba, Khirbet Alia, Jabal Abou Soud et Ard al-Deir sont particulièrement exposés au risque de déplacement forcé. Selon lui, 32 habitations situées à Ard al-Deir ont récemment reçu des ordres de démolition ou d'arrêt des travaux.

M. Breijieh ajoute que le tracé de la route de contournement israélienne n°60 menace environ 175 familles palestiniennes d'expulsion pour des constructions jugées non autorisées. Citant des données de la Commission palestinienne de résistance au mur et à la colonisation, il affirme que la Cisjordanie compte près de 350 avant-postes de colonisation, dont 39 dans le gouvernorat de Bethléem. Ces avant-postes, explique-t-il, servent de relais entre les colonies existantes et de points de départ pour de nouvelles implantations. Selon les mêmes données, environ 70 000 dounams de terres ont été saisis à travers la Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, dont près de 500 dounams dans le gouvernorat de Bethléem.

H.A

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