Par Saher Amro
Hébron, le 17 mai 2026, WAFA-
Les habitants de Masafer Yatta, au sud de Hébron, font face à une « Nakba continue », dans un contexte de forte intensification des attaques attribuées aux autorités israéliennes et à des groupes de colons armés, visant leurs terres, leurs biens et leurs moyens de subsistance, selon des responsables locaux et des sources de terrain.
Selon des données locales, plus de 1 676 attaques ont été recensées en moins de 18 mois, dans une campagne qualifiée de systématique visant à imposer le contrôle territorial, restreindre la présence palestinienne et accélérer le déplacement forcé des habitants.
Ces attaques ont provoqué des dégâts massifs sur les ressources agricoles et économiques de la région, avec le défrichement de plus de 500 dunums de terres cultivées, la destruction d’environ 16 200 dunums de pâturages, ainsi que l’endommagement de systèmes d’irrigation couvrant près de 670 dunums de cultures irriguées. Plus de 57 000 mètres de clôtures agricoles ont également été arrachés ou détruits.
Les pertes s’étendent également au patrimoine agricole et animal : plus de 42 000 oliviers et 7 150 arbres fruitiers ont été détruits partiellement ou totalement, tandis que plus de 2 000 m² d’infrastructures agricoles ont été démolis. Les éleveurs font état de la perte de plus de 900 têtes de bétail, entre vols et abattages, portant un coup sévère à l’économie locale.
Les autorités et militants locaux soulignent que ces attaques ciblent directement les deux piliers économiques de Masafer Yatta — l’agriculture et l’élevage — qui font vivre environ 1 600 familles, en parallèle d’une prise de contrôle progressive des pâturages naturels et d’une interdiction d’accès imposée aux agriculteurs palestiniens.
Cette situation a entraîné une explosion des coûts de production, les éleveurs étant passés d’une dépendance majoritaire aux pâturages naturels à une dépendance d’environ 70 % aux aliments achetés, aggravant une crise économique déjà profonde.
Les responsables locaux affirment également que la région est classée comme zone militaire dite « zone de tir 918 », englobant environ 32 000 dunums, utilisée pour restreindre drastiquement la présence palestinienne sous prétexte d’entraînement militaire, tout en facilitant l’expansion de colonies israéliennes.
Dans ce cadre, plusieurs colonies et avant-postes ont été établis ou élargis ces dernières années, notamment des implantations à caractère pastoral, où des groupes de colons utilisent le bétail pour détruire systématiquement les cultures et vergers palestiniens, contribuant à la dévastation de vastes surfaces agricoles.
Les témoignages locaux évoquent également des expulsions forcées, des démolitions répétées de maisons et de structures agricoles, ainsi que des opérations menées tant par les autorités israéliennes que par des colons agissant hors de tout cadre légal. Certaines habitations démolies étaient pourtant protégées par des décisions de justice suspendant leur destruction.
Les habitants accusent par ailleurs les autorités israéliennes de jouer un rôle de coordination indirecte, en intervenant après les attaques de colons sans empêcher les violences, et en procédant à des arrestations de Palestiniens suivies d’amendes lourdes, aggravant encore leur vulnérabilité.
Enfin, les communautés locales signalent une détérioration grave des infrastructures vitales, notamment la destruction de réseaux d’eau alimentant plus de 12 communautés, laissées sans approvisionnement depuis plusieurs mois, sans possibilité de réparation.
Pour les habitants, Masafer Yatta vit aujourd’hui une situation de « dévastation progressive et organisée », marquée par la destruction des moyens de subsistance, l’effondrement des infrastructures rurales et la pression continue visant à forcer le départ des populations palestiniennes.
H.A



