Tulkarem, le 15 mai 2026, WAFA – Assis avec le poids des années et de l’exil sur les épaules, Mustafa Mohammad Abdelrahman Abou Diya, né en 1934 dans le village palestinien détruit de Qaqun, au nord-ouest de Tulkarem, raconte la Nakba de 1948 comme si elle venait d’avoir lieu. Mais aujourd’hui, à 92 ans, il dit vivre une nouvelle Nakba, provoquée par l’offensive israélienne contre les camps de réfugiés de Tulkarem et de Nour Shams.
Il y a 78 ans, près de 950 000 Palestiniens étaient expulsés de leurs villes et villages dans ce qui allait devenir Israël, lors de l’un des plus vastes déplacements forcés du XXe siècle. Comme beaucoup d’autres, la famille Abou Diya avait quitté son village en pensant revenir quelques jours plus tard.
« Ils (les gangs israéliens ) ont lancé un obus depuis une colonie voisine appelée Hama’abiel. Beaucoup d’habitants ont été tués, et ceux qui ont survécu ont fui vers Tulkarem et le quartier de Shuweika dans l’espoir de revenir », raconte-t-il à WAFA.
Âgé de 14 ans au moment des faits, il se souvient d’un départ précipité : « Nous avons fermé la porte de la maison et nous sommes partis sans rien emporter. Nous pensions revenir rapidement, mais ils ont bombardé le village et effacé ses traces. »
Abou Diya décrit Qaqun comme un village agricole prospère de la plaine côtière palestinienne, réputé pour ses cultures de blé, d’orge, de pastèques et de légumes. Il évoque également l’école gouvernementale de Qaqun, qu’il décrit comme l’une des meilleures des villages environnants.
Après des années de déplacement entre Shuweika, Beit Wazan et la vallée du Jourdain pour travailler dans l’agriculture, il s’est installé au Koweït en 1954, où il a travaillé dans les services publics puis dans le secteur aérien jusqu’en 1987, avant de revenir en Palestine et de s’établir dans le camp de réfugiés de Tulkarem.
Là, il avait construit une maison de trois étages destinée à accueillir ses enfants et petits-enfants. Mais cette maison a été gravement endommagée lors de l’offensive israélienne lancée contre le camp le 27 janvier 2025.
« Nous avons appris que les véhicules militaires israéliens entraient dans le camp. Nous sommes partis à nouveau sans rien emporter, pensant revenir quelques jours plus tard », explique-t-il. Depuis, lui et sa famille vivent déplacés hors du camp.
Les opérations de démolition et de bulldozage menées par l’armée israélienne ont détruit une grande partie de leur maison, notamment l’escalier principal, la rendant inhabitable et difficile d’accès.
L’histoire d’Abou Diya reflète celle de plus de 5 000 familles déplacées des camps de Tulkarem et de Nour Shams, où des milliers d’habitants ont été contraints de fuir leurs maisons, tandis que des quartiers entiers ont été détruits ou gravement endommagés.
« Avant l’offensive, les habitants du camp vivaient comme une seule famille. Aujourd’hui, nous sommes dispersés et nous ne nous croisons plus que par hasard », dit-il avec amertume.
Malgré son âge avancé, Abou Diya continue de porter la tenue traditionnelle palestinienne – le keffieh, l’agal et la dishdasha – comme un symbole d’identité et de mémoire. Il conserve dans sa mémoire les noms des familles et des terres de Qaqun, dispersées aujourd’hui entre les camps et l’exil.
« Nous espérons que les choses changeront et que nous retournerons un jour dans notre pays », affirme-t-il.
Son récit est celui d’une Nakba qui, pour de nombreux Palestiniens, ne s’est jamais achevée : une histoire commencée à Qaqun en 1948 et qui se poursuit aujourd’hui dans les camps de réfugiés de Tulkarem et de Nour Shams.
H.A



