Accueil Rapports et Enquêtes 15/May/2026 10:33 AM

« Où irons-nous cette fois ? » : les communautés bédouines de Jéricho face à une nouvelle vague de déplacements forcés

Jéricho, le 15 mai 2026, WAFA– Haitham Rashaida vit avec la peur constante d’un nouveau déplacement forcé pour sa famille et plusieurs autres familles installées dans le rassemblement bédouin d’Al-Balqa, au nord de Jéricho. Déjà déplacés lors de la Nakba de 1948, puis contraints de quitter la zone de Shallal d’Al-Auja en 2026, ils se demandent aujourd’hui : « Où irons-nous cette fois ? »

Dans un entretien accordé à WAFA, Rashaida explique que des dizaines de familles déplacées tentent de reconstruire une vie précaire dans la région d’Al-Balqa, mais se heurtent à des conditions extrêmement difficiles et à des pressions croissantes exercées par les colons israéliens à travers des attaques répétées et l’expansion des avant-postes coloniaux dans la région de Jéricho et de la vallée du Jourdain.

Le rassemblement d’Al-Balqa fait partie des zones ayant accueilli, entre 2025 et 2026, des familles déplacées depuis les secteurs de Shallal d’Al-Auja et d’Al-Mu’arrajat, au nord de Jéricho.

Les habitants dénoncent des agressions récurrentes de colons, des attaques contre les bergers, des restrictions d’accès aux pâturages et aux ressources en eau, ainsi qu’une forte dégradation des conditions de vie et de déplacement.

« Ces violences ont laissé de profondes séquelles sociales et psychologiques », affirme Rashaida, évoquant la dispersion des familles, les difficultés d’accès à l’eau, aux écoles et aux services essentiels, dans un climat permanent de peur et d’incertitude.

Une situation similaire a récemment touché la famille d’Ibrahim Suleiman Kaabna, composée de sept personnes, contrainte de quitter un rassemblement situé à l’ouest d’Al-Auja sous la pression des colons. Cette famille avait déjà été déplacée de Furush Beit Dajan puis du Néguev lors de la Nakba de 1948, avant d’être forcée aujourd’hui à un nouvel exil vers le village d’Al-Jadida, au sud de Jénine.

Le directeur de l’unité de surveillance de la colonisation à l’Institut de recherche appliquée de Jérusalem (ARIJ), Souheil Khaliliya, estime que les déplacements forcés observés dans les communautés palestiniennes de Jéricho et de la vallée du Jourdain s’inscrivent dans « un système intégré » associant le gouvernement israélien et les colons pour imposer une nouvelle réalité sur le terrain en Cisjordanie.

Selon lui, cette politique vise à vider progressivement les terres palestiniennes de leurs habitants au profit de l’expansion coloniale, à travers des changements législatifs, l’extension des colonies et la création de nouveaux avant-postes.

Khaliliya souligne que les violences de colons se sont intensifiées depuis 2023, notamment dans les zones classées « C », la vallée du Jourdain et Masafer Yatta, au sud d’Hébron. Il affirme que ces pratiques participent à une stratégie de pression continue destinée à pousser les Palestiniens vers un déplacement progressif par la violence et les restrictions imposées sur les terres et les ressources.

Selon des rapports onusiens cités dans l’article, plus de 12 000 Palestiniens auraient été déplacés de plus de 180 communautés.

Le responsable du dossier de la colonisation dans le gouvernorat de Jéricho et de la vallée du Jourdain, Mahmoud Masharfa, a indiqué que quatre communautés palestiniennes ont été entièrement vidées de leurs habitants entre 2025 et 2026 : Arab Al-Mleihat, Al-Mu’arrajat al-Wusta, Chute d’Al-Auja et Tal Al-Samadi dans la région d’Al-Jiftlik.

D’après les autorités locales, le gouvernorat de Jéricho et de la vallée du Jourdain compte désormais 16 colonies israéliennes et 21 avant-postes coloniaux.

Pour Hassan Mleihat, directeur de l’organisation Al-Baydar de défense des droits des Bédouins, la majorité des familles palestiniennes déplacées dans cette région avaient déjà été expulsées du Néguev et de Beer-Sheva après la Nakba de 1948 avant de s’installer en Cisjordanie.

Selon l’organisation Al-Baydar, 16 communautés bédouines ont été déplacées jusqu’à fin avril 2026. L’ONG affirme également avoir documenté 3 043 violations en Cisjordanie depuis le début de l’année 2026, incluant des déplacements forcés, agressions physiques, confiscations de terres, incendies de biens, destructions de réseaux d’eau et déracinements d’arbres.

H.A

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