Ramallah, le 14 mai 2026, WAFA – Soixante-dix-huit ans après la Nakba de 1948, les Palestiniens continuent de commémorer l’un des événements fondateurs les plus marquants de leur histoire nationale, dans un contexte marqué par la guerre dans la bande de Gaza, les déplacements massifs de population, l’expansion des colonies israéliennes et l’aggravation de la crise humanitaire dans les territoires palestiniens occupés.
Selon un rapport publié par le Bureau central palestinien des statistiques à l’occasion du 78e anniversaire de la Nakba, la population palestinienne mondiale est désormais estimée à environ 15,5 millions de personnes, dont 7,4 millions vivent dans la Palestine historique et 8,1 millions dans la diaspora, parmi lesquels 6,8 millions résident dans des pays arabes.
Une population palestinienne en forte croissance depuis 1948 :
Le rapport indique qu’environ 5,6 millions de Palestiniens vivaient dans l’État de Palestine à la fin de l’année 2025, dont 3,43 millions en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, et 2,13 millions dans la bande de Gaza.
La Nakba de 1948 avait entraîné le déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens hors de leurs villes et villages, à la suite des combats ayant accompagné la création de l’État d’Israël. Selon les données palestiniennes, plus de 531 villages et localités palestiniennes ont été détruits à cette période, tandis que des dizaines de massacres auraient été commis contre des civils palestiniens.
Déplacements massifs depuis octobre 2023 :
Le Bureau palestinien des statistiques souligne qu’environ deux millions de Palestiniens ont été déplacés à l’intérieur de la bande de Gaza depuis le début de la guerre déclenchée le 7 octobre 2023. La majorité des habitants du territoire ont été contraints de fuir à plusieurs reprises sous les bombardements, vivant dans des abris de fortune, des écoles ou des camps de déplacés.
En Cisjordanie occupée, près de 40 000 Palestiniens ont également été déplacés, principalement dans les camps du nord de la Cisjordanie, à la suite des opérations militaires israéliennes et des violences de colons.
Expansion continue des colonies israéliennes :
Selon le rapport, le nombre de sites coloniaux et de bases militaires israéliennes en Cisjordanie a atteint 645 à la fin de 2025, répartis entre 151 colonies reconnues par Israël, 350 avant-postes coloniaux — dont 89 avant-postes pastoraux — ainsi que 144 autres sites comprenant des zones industrielles, touristiques et militaires.
Le nombre de colons israéliens vivant en Cisjordanie occupée s’élevait à 778 567 à la fin de l’année 2024. Jérusalem concentre la plus forte population de colons, avec plus de 333 000 colons israéliens installés dans et autour de la ville.
Le rapport estime qu’il y a environ 23 colons israéliens pour 100 Palestiniens en Cisjordanie, un ratio qui grimpe à plus de 65 colons pour 100 Palestiniens dans la région de Jérusalem.
Confiscations de terres et violences croissantes :
Les autorités palestiniennes indiquent qu’Israël a saisi plus de 5 571 dunums de terres palestiniennes en Cisjordanie durant l’année 2025, à travers des ordres militaires, des déclarations de « terres d’État » et des procédures d’expropriation.
Le document fait également état de plus de 61 000 attaques attribuées aux forces israéliennes et aux colons entre 2022 et 2025. Ces violences auraient entraîné l’arrachage, l’incendie ou la destruction de plus de 81 500 arbres, principalement des oliviers.
Durant les trois premiers mois de 2026 seulement, plus de 6 000 incidents visant des Palestiniens, leurs biens ou des lieux religieux auraient été documentés.
Un territoire fragmenté par les barrages militaires :
Selon les statistiques palestiniennes, près de 900 barrages et points de contrôle militaires israéliens sont actuellement déployés en Cisjordanie occupée, limitant fortement la circulation des Palestiniens entre les villes et villages palestiniens.
Les autorités palestiniennes estiment également que ces restrictions privent les agriculteurs palestiniens d’un accès régulier à des dizaines de milliers de dunums de terres agricoles et pastorales.
Contrôle des ressources hydriques :
Le rapport accuse Israël de contrôler plus de 85 % des ressources en eaux souterraines palestiniennes, notamment par des restrictions imposées au forage de nouveaux puits et à la réhabilitation des infrastructures existantes.
Dans la bande de Gaza, la crise de l’eau s’est aggravée depuis le début de la guerre. Selon les estimations citées, certaines zones ne disposent plus que de 3 à 5 litres d’eau par personne et par jour, bien en dessous du seuil minimum de 15 litres recommandé par les organisations humanitaires internationales.
Destruction massive dans la bande de Gaza :
Depuis octobre 2023, plus de 102 000 bâtiments auraient été totalement détruits dans la bande de Gaza, selon le Bureau palestinien des statistiques. Environ 330 000 logements auraient été détruits totalement ou partiellement, soit plus de 70 % du parc résidentiel du territoire.
Le rapport fait également état de destructions touchant des écoles, universités, hôpitaux, lieux de culte, bâtiments gouvernementaux, routes, réseaux d’eau, installations électriques et terres agricoles.
En Cisjordanie, environ 1 400 bâtiments palestiniens auraient été démolis totalement ou partiellement durant l’année 2025, dont 258 dans la région de Jérusalem.
Le bilan humain le plus lourd depuis la Nakba :
Selon les chiffres palestiniens, plus de 73 761 Palestiniens ont été tués entre le 7 octobre 2023 et la fin avril 2026, dont 72 601 dans la bande de Gaza et 1 160 en Cisjordanie occupée.
Parmi les victimes à Gaza figureraient plus de 20 400 enfants, 12 500 femmes ainsi que des milliers de membres du personnel médical, de la défense civile, du secteur éducatif et de journalistes.
Les autorités palestiniennes estiment que plus de la moitié des Palestiniens tués depuis la Nakba de 1948 l’ont été au cours de cette période.
Jérusalem : la révocation des cartes d’identité au cœur des politiques israéliennes :
Le rapport indique également qu’Israël a révoqué près de 14 869 cartes d’identité de Palestiniens de Jérusalem entre 1967 et 2024.
Selon les estimations palestiniennes, ces mesures auraient affecté environ 13 000 familles palestiniennes et empêché près de 65 000 Palestiniens d’accéder ou de résider à Jérusalem-Est.
Les Palestiniens considèrent la Nakba non seulement comme un événement historique lié à l’exode de 1948, mais aussi comme un processus continu de déplacement, de confiscation des terres et de transformation démographique dans les territoires palestiniens.
H.A



