Accueil Les Prisonniers 11/May/2026 03:49 PM

« Torture organisée » : des détenus gazaouis décrivent l’enfer des prisons israéliennes

Ramallah, le 11 mai 2026, WAFA – Près de trois ans après le début de la guerre menée contre Gaza et des accusations croissantes de génocide portées contre Israël, les témoignages des détenus palestiniens originaires de l’enclave décrivent une réalité carcérale marquée par des actes de torture systématique, des humiliations permanentes et des privations extrêmes, selon un rapport publié lundi par la Commission palestinienne des affaires des prisonniers et le Club du prisonnier palestinien.

Les deux organisations affirment que des centaines de Gazaouis demeurent détenus dans les prisons et camps israéliens, dont 1 283 classés par Israël comme « combattants illégaux », une désignation permettant leur détention sans inculpation claire ni procédure judiciaire transparente.

Le rapport, fondé sur des visites récentes d’avocats dans les prisons du Néguev et de Ramla, notamment dans l’aile dite « Rakafet », décrit un système de violences organisé contre les détenus palestiniens de Gaza, soumis selon les témoignages à des passages à tabac quotidiens, des actes de torture physique et psychologique, ainsi qu’à des conditions de détention qualifiées d’inhumaines.

Selon les détenus interrogés, les gardiens utilisent notamment des méthodes de torture visant à briser les doigts des prisonniers, en particulier ceux traduits devant les tribunaux. Les menottes seraient également utilisées comme instrument de supplice, serrées volontairement jusqu’à provoquer des douleurs aiguës et des problèmes de circulation sanguine.

Les prisonniers affirment être contraints de rester menottés lors des sorties dans la cour, interdits de lever la tête ou de parler entre eux. Dans chaque cellule, quatre détenus s’entassent dans un espace réduit, tandis que l’un d’eux est forcé de dormir à même le sol. Les matelas sont retirés quotidiennement de l’aube jusqu’en soirée, obligeant les prisonniers à rester assis durant de longues heures sur des structures métalliques.

Le rapport fait également état d’interdictions de prière, d’un accès extrêmement limité à l’hygiène et de privations de soins médicaux. Les détenus reçoivent du dentifrice sans brosse à dents, tandis qu’un seul rouleau de papier hygiénique est distribué à quatre prisonniers tous les deux jours.

Plusieurs témoignages décrivent des interrogatoires accompagnés de violences extrêmes dès les premières heures de détention. Des prisonniers évoquent des séances prolongées de coups, des positions de stress forcées, des menaces avec des objets tranchants et des agressions ciblant les parties sensibles du corps afin d’obtenir des aveux. L’un des détenus affirme avoir subi une fracture d’un doigt après son transfert vers l’aile « Rakafet », tandis qu’un autre déclare avoir perdu la sensibilité de ses jambes à la suite des tortures subies.

Dans la prison du Néguev, des détenus rapportent avoir été privés de promenade et de douche pendant de longues périodes durant la dernière offensive militaire. Ils dénoncent également des violences répétées, une alimentation insuffisante et des conditions sanitaires catastrophiques.

Les organisations palestiniennes soulignent notamment la propagation de la gale (scabiose) parmi les détenus, aggravée par l’absence de traitements adaptés. Plusieurs prisonniers, selon le rapport, ont été réinfectés après une première guérison en raison des conditions sanitaires dégradées.

Les témoignages évoquent aussi des pratiques humiliantes imposées quotidiennement, comme l’obligation de s’agenouiller lors des fouilles ou des comptages, ainsi que des tirs de balles en caoutchouc à l’intérieur des sections carcérales. Un détenu affirme avoir été touché à trois reprises à la jambe gauche.

Lors d’une visite à la clinique de la prison de Ramla, un détenu gazaoui a déclaré avoir subi une opération du foie après de sévères passages à tabac. Plusieurs détenus grièvement malades y seraient toujours maintenus, dont un prisonnier paralysé.

La Commission des affaires des prisonniers et le Club du prisonnier palestinien estiment que ces témoignages révèlent « un niveau sans précédent de crimes organisés » dans les prisons israéliennes, incluant torture, famine, privation de soins et humiliations systématiques. Les deux organisations considèrent que ces pratiques s’inscrivent dans « une structure de violence institutionnalisée » qu’elles qualifient de prolongement du crime de génocide dénoncé dans la bande de Gaza.

Elles dénoncent également l’utilisation par Israël du statut de « combattant illégal » comme couverture juridique permettant, selon elles, d’étendre les disparitions forcées, les détentions arbitraires et les actes de torture à l’abri d’un contrôle international effectif.

Les deux institutions ont enfin appelé les organisations internationales de défense des droits humains et les soutiens de la cause palestinienne à intervenir d’urgence pour mettre fin aux violations commises contre les prisonniers palestiniens et révéler le sort de nombreux détenus gazaouis toujours portés disparus dans les prisons israéliennes.

H.A

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