Tubas, le 22 juin 2026, WAFA – Des responsables palestiniens et des experts ont mis en garde, lundi, contre ce qu’ils décrivent comme une reconfiguration progressive de la géographie de la vallée du Jourdain à travers l’expansion des colonies israéliennes, le développement d’infrastructures militaires et l’extension du mur de séparation.
Cette mise en garde a été formulée lors d’une réunion élargie organisée par le gouvernorat de Tubas et du nord de la vallée du Jourdain, en coopération avec l’Applied Research Institute – Jerusalem (ARIJ), afin d’examiner l’évolution de la situation géopolitique dans la région dans un contexte marqué par l’intensification des mesures israéliennes de colonisation et de contrôle militaire.
La rencontre, tenue au siège du gouvernorat, a réuni des responsables des institutions publiques, des représentants d’organismes locaux ainsi que le directeur de l’institut ARIJ, Jad Isaac, et le responsable de son unité de surveillance de la colonisation, Souheil Khalilieh.
Lors de la réunion, ARIJ a présenté une étude détaillée appuyée par des cartes et des données documentées portant sur les colonies israéliennes, les routes de contournement, les barrages militaires, les ordres militaires et le mur de séparation dans le gouvernorat de Tubas et le nord de la vallée du Jourdain.
Selon Souheil Khalilieh, la colonisation dans la région a débuté immédiatement après la guerre de 1967 avec l’établissement de la colonie de « Mehola », considérée comme le noyau du projet de colonisation dans le nord de la vallée du Jourdain.
Le rapport indique que la région compte aujourd’hui huit colonies israéliennes regroupant plus de 3 320 colons. Les zones bâties de ces colonies couvrent environ 8 589 dunams, tandis que leur zone de juridiction s’étend sur près de 12 895 dunams, soit environ 3,2 % de la superficie totale du gouvernorat.
Les auteurs de l’étude soulignent que l’impact de ces colonies dépasse largement leurs zones construites. Selon leurs données, les colons contrôlent également quelque 12 564 dunams de terres agricoles environnantes, représentant près de 18 % de l’ensemble des terres cultivées de la vallée du Jourdain.
Le rapport fait également état de l’expansion des avant-postes de colonisation à vocation pastorale, présentés comme un outil de prise de contrôle des espaces ouverts. Plus de douze avant-postes auraient été établis dans le gouvernorat entre 1996 et 2025.
Concernant les infrastructures militaires, ARIJ recense 22 barrages et obstacles répartis dans la région, comprenant des portes métalliques, des postes de contrôle permanents, des remblais de terre, des tranchées et des blocs de béton.
Selon l’institut, ces dispositifs contribuent à isoler Tubas des autres villes de Cisjordanie, notamment Naplouse et Jénine, tout en limitant l’accès des agriculteurs et des éleveurs aux terres de la vallée du Jourdain. Ils compliquent également les déplacements des travailleurs et le transport des marchandises, avec des répercussions sur l’activité économique et les services essentiels.
Les checkpoints d’Al-Hamra et de Tayasir figurent parmi les principaux points de contrôle donnant accès à la vallée du Jourdain, considérée comme le principal bassin agricole de la région.
L’étude évoque également le développement d’un réseau de routes de contournement totalisant près de 58 kilomètres, notamment les routes 90 et 578, qui relient les colonies entre elles et au territoire israélien, tandis que l’accès des Palestiniens à ces axes demeure fortement restreint.
Selon ARIJ, des centaines d’ordres militaires ont été émis depuis 1967 pour autoriser des démolitions d’habitations, la confiscation de terres destinées aux colonies et aux routes de contournement, ainsi que la prise de contrôle de ressources en eau.
Les chercheurs ont en outre révélé l’émission de neuf ordres militaires visant la saisie de terrains publics et privés afin de construire une route militaire de plus de 40 kilomètres entre Aïn Shibli et Tayasir, dans le cadre d’un projet destiné, selon eux, à renforcer le contrôle israélien sur la vallée du Jourdain.
Le rapport souligne également que le mur de séparation s’étend déjà sur environ 15,5 kilomètres dans les secteurs nord et nord-ouest du gouvernorat, entraînant l’isolement de près de 2 650 dunams de terres, dont 1 873 dunams agricoles.
Selon les données présentées, un nouveau tronçon de 22,5 kilomètres est actuellement en cours de réalisation dans le cadre du projet baptisé « Fil écarlate » (« Scarlet Thread »). Ce projet pourrait conduire à l’isolement d’environ 45 000 dunams, soit près de 11 % de la superficie du gouvernorat.
Les participants à la réunion ont averti que cette extension risquait de séparer davantage les agriculteurs de leurs terres et de menacer l’existence de plusieurs communautés palestiniennes de la région, en augmentant les risques de déplacement forcé de populations.
Situé dans le nord-est de la Cisjordanie occupée, le gouvernorat de Tubas englobe une large partie de la vallée du Jourdain, territoire considéré comme stratégique en raison de ses ressources agricoles et hydriques. La région fait l’objet depuis des décennies d’une expansion des colonies israéliennes et de mesures de contrôle militaire qui limitent l’accès des Palestiniens à de vastes étendues de terres. Les autorités palestiniennes considèrent ces évolutions comme une menace directe à la continuité territoriale d’un futur État palestinien.
H.A



