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Accueil Rapports et Enquêtes 22/June/2026 06:40 PM

« Une maison ou une tente pour le marié ? » À Gaza, la crise du logement redéfinit les critères du mariage

« Une maison ou une tente pour le marié ? » À Gaza, la crise du logement redéfinit les critères du mariage

Par Reem Al-Souissi

Gaza, le 22 juin 2026, WAFA –

Dans la bande de Gaza, dévastée par les destructions massives, une nouvelle question s’est imposée dans les discussions autour du mariage : « Le marié dispose-t-il d’un appartement ou d’une tente ? »

Longtemps centrés sur l’emploi, le niveau d’études ou les qualités personnelles, les critères de sélection d’un conjoint ont profondément évolué dans un contexte de crise du logement sans précédent, provoquée par les destructions étendues et le déplacement de centaines de milliers de familles vivant désormais sous des tentes ou dans des centres d’hébergement.

Sur les réseaux sociaux, les annonces de recherche de mariage se multiplient, mais les premières réactions portent désormais souvent sur les conditions de logement, un indicateur devenu déterminant dans l’acceptation ou le refus d’une union.

Un critère devenu décisif :

Pour de nombreuses familles, la question du logement s’impose comme un facteur central dans les décisions matrimoniales, reflétant les conditions de vie actuelles dans le territoire.

Smaya Al-Af, 55 ans, mère d’un jeune homme de 24 ans, explique se heurter systématiquement à ce critère lorsqu’elle tente de proposer son fils en mariage.

« Nous vivons dans un camp au centre de la bande de Gaza, et mon fils se mariera dans une tente à côté de la nôtre, mais la plupart des familles refusent dès qu’elles l’apprennent », affirme-t-elle.

Elle souligne que la destruction massive des habitations et la flambée des loyers ont rendu l’accès à un logement indépendant presque impossible pour les jeunes, estimant que cette réalité complique davantage leur accès à la stabilité sociale.

Des expériences contrastées :

À l’inverse, d’autres familles estiment que le mariage dans une tente ne permet pas des conditions de vie dignes.

Suleima Al-Hazz, 67 ans, raconte que sa fille a vécu une brève expérience conjugale dans une tente, qui s’est soldée par une séparation, en raison des conditions de vie difficiles et du manque d’intimité.

Selon elle, chaque jeune femme a droit à un environnement stable et sûr, avertissant que les conditions précaires des camps peuvent fragiliser les couples.

Entre frustration et résilience :

Pour de nombreux jeunes, la situation oscille entre résignation et espoir.

Mohammed Al-Fassih, 23 ans, explique avoir essuyé quatre refus de mariage en raison de l’absence de logement.

« Tout le monde connaît la destruction à Gaza, mais ce critère reste exigé. Je travaille dans la vente de fruits et je couvre à peine mes besoins quotidiens. Comment pourrais-je louer ou acheter un appartement ? », déclare-t-il.

À l’inverse, certains jeunes tentent de composer avec la réalité actuelle.

Ruba Al-Shami, 19 ans, affirme avoir accepté l’idée d’un mariage dans une tente malgré le déplacement forcé de sa famille.

« La plupart des habitants de Gaza ont perdu leurs maisons. J’ai décidé de m’adapter à la réalité. Je porterai ma robe de mariée et j’entrerai dans ma tente avec espoir », dit-elle.

Un enjeu psychologique et social :

Le psychologue et travailleur social Ahmed Hamad estime que la tente est devenue une réalité imposée à une large partie de la jeunesse en raison de la perte des logements et de l’absence d’alternatives.

Il souligne que le mariage dans des tentes ne peut être moralement condamné, car il répond à un besoin humain fondamental, mais qu’il nécessite un minimum d’intimité et de sécurité pour garantir la stabilité conjugale.

Parmi les principaux défis figurent le manque d’intimité, les pressions psychologiques liées à l’insécurité, la difficulté d’organiser la vie familiale dans des espaces réduits, ainsi que l’ingérence du voisinage.

Selon lui, ces conditions risquent de transformer le mariage en une expérience de survie plutôt qu’en une relation fondée sur la stabilité et la compassion, augmentant les tensions familiales.

Une question devenue symbole :

Alors que la population de Gaza continue de faire face aux conséquences de la guerre et des destructions, la question « un appartement ou une tente ? » est devenue le symbole d’une crise humanitaire qui dépasse la simple question du logement, redéfinissant profondément les trajectoires de vie des jeunes et leurs projets de mariage.

H.A

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