Ramallah, le 27 juillet 2026, WAFA – Les politiques israéliennes s'accélèrent en zone C de Cisjordanie dans le cadre d'un plan global visant à imposer l'« annexion de facto » des terres palestiniennes. Ce plan combine l'interdiction de toute construction palestinienne, l'intensification des démolitions, l'expansion des colonies et des fermes de colonisation, ainsi que la modification de la structure de l'Administration civile, redessinant ainsi la géographie et la démographie des territoires occupés.
Un rapport préparé par le chercheur Abdul Qader Badawi et publié par le Centre palestinien d'études israéliennes (Madar) révèle que les démolitions ne sont plus une mesure isolée, mais bien une composante intégrante d'une politique globale. Cette politique commence par nier aux Palestiniens le droit d'élaborer des plans d'aménagement répondant à leurs besoins en matière de logement, puis qualifie toute nouvelle construction d’illégale en vue de sa démolition.
Parallèlement, le gouvernement israélien accorde aux colonies et aux avant-postes des procédures accélérées de planification, de financement et de légalisation de la construction.
La zone « C » représente environ 60 % de la superficie de la Cisjordanie et comprend la majorité des terres ouvertes, des ressources naturelles et des réserves urbaines et agricoles palestiniennes, ce qui fait de son contrôle un élément clé du projet colonial israélien, en reliant les colonies entre elles, en renforçant le contrôle sur la vallée du Jourdain et la région de Jérusalem et en coupant la communication géographique entre le nord, le centre et le sud de la Cisjordanie.
Le village d'Al-Walaja, au sud-ouest de Jérusalem:
Le rapport présente le village d'Al-Walaja, au sud-ouest de Jérusalem, comme un exemple flagrant de cette politique. Environ 3 800 Palestiniens y vivent sans plan d'aménagement approuvé permettant toute construction légale, malgré des années de travail pour l'élaboration de plans de zonage.
Parallèlement, les colonies environnantes s'étendent et acquièrent des milliers de nouveaux logements, tandis que les habitants du village font face à des ordres de démolition incessants. Ces ordres sont alimentés par des campagnes menées par des organisations de colons, notamment Regavim, qui exerce des pressions sur les autorités d'occupation pour accélérer les démolitions.
Les données révèlent une lacune importante dans les politiques d'aménagement. Entre 2009 et 2020, les autorités d'occupation israéliennes n'ont accordé aux Palestiniens de la zone C que des permis de construire pour 66 logements, contre plus de 22 000 dans les colonies durant la même période. Le nombre de permis palestiniens a chuté à zéro en 2020.
L'appareil de démolition se développe:
Parallèlement, le rythme des démolitions s'est accéléré de façon sans précédent sous le gouvernement israélien actuel. Le nombre moyen de bâtiments palestiniens démolis chaque année est passé de 537 entre 2010 et 2022 à 966 entre 2023 et 2025. Israël a démoli 2 461 structures palestiniennes rien qu'en 2024 et 2025.
Le rapport souligne un développement significatif des agences chargées des démolitions, que ce soit par l'augmentation des budgets et des fonctions de l'unité de surveillance de l'Administration civile, ou par le financement des « patrouilles foncières » des conseils coloniaux, qui participent à la surveillance des constructions palestiniennes et à la définition des priorités de démolition. S'y ajoute la création de nouvelles unités utilisant des technologies de pointe, notamment des systèmes d'intelligence artificielle pour la surveillance de l'utilisation des sols.
Smotrich : « Changer l’ADN » du système d’occupation:
Le rapport replace ces évolutions dans le contexte des réformes institutionnelles impulsées par le ministre des Finances et ministre délégué à la Défense, Bezalel Smotrich, qui a transféré de larges pouvoirs relatifs au foncier, à l’aménagement du territoire et à la colonisation de l’armée à des instances civiles au sein du ministère de la Défense. Cette mesure a été qualifiée de transformation profonde de l’« ADN » du système d’administration de l’occupation, renforçant l’administration civile israélienne directe des territoires occupés tout en maintenant une couverture militaire.
Fermes de colonisation : Contrôle des terres avec moins de colons:
Parallèlement à la politique de démolition, les fermes de colonisation sont devenues l’un des principaux outils de contrôle des terres. Selon le rapport, environ 185 nouveaux avant-postes de colonisation ont été établis entre 2023 et 2025, dont près de 130 fermes pastorales. Ces fermes contrôlent collectivement plus d’un million de dounams, soit environ 18 % de la Cisjordanie, par le biais du pâturage, de la construction de routes, de l’empêchement de l’accès des Palestiniens aux pâturages et aux sources, et des agressions à leur encontre.
Le rapport documente également la construction d'au moins 223 kilomètres de nouvelles routes coloniales depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement actuel. Ces routes visent à relier les avant-postes de colonisation et les exploitations agricoles, étendant ainsi leur emprise sur les terres palestiniennes. Cette expansion s'accompagne d'un soutien gouvernemental, de financements et d'infrastructures pour ces avant-postes, avant même leur « légalisation » officielle.
Crimes des colons pour déplacer les communautés palestiniennes:
Le rapport souligne que la violence des colons est devenue un outil privilégié pour le déplacement forcé des communautés palestiniennes. Entre 2023 et 2025, 118 communautés et groupes d'éleveurs palestiniens ont été expulsés. Selon les données de l'ONU, 122 communautés ont subi un déplacement total ou partiel entre début 2023 et mi-juillet 2026, entraînant le déplacement de plus de 6 200 Palestiniens, dont plus de 2 300 cette année.
Les attaques ne se limitent pas aux habitations. Le rapport indique que 71 % des structures démolies en zone C depuis début 2026 étaient des installations agricoles, économiques ou d'adduction d'eau et d'assainissement. Parallèlement, 84 écoles en zone C et à Jérusalem-Est, accueillant environ 13 000 élèves, sont menacées de démolition ou font l'objet d'ordres d'arrêt des travaux.
Le rapport conclut que la situation en zone C ne se limite plus à des démolitions isolées, mais relève d'une politique globale qui recourt à la planification, à la démolition, à la colonisation, aux implantations agricoles de colons, aux violences perpétrées par les colons et à la restructuration des institutions d'occupation. L'objectif est d'imposer un statu quo permanent, de saper la présence palestinienne et d'accélérer l'annexion de facto de vastes portions de la Cisjordanie.
F.N



