Gaza, le 3 septembre 2026, WAFA – Dans les camps de déplacés de la bande de Gaza, l’accès aux toilettes est devenu une épreuve quotidienne particulièrement difficile pour les personnes en situation de handicap, ainsi que pour leurs familles. L’absence d’infrastructures adaptées, la pénurie d’équipements d’hygiène et les conditions précaires du déplacement aggravent une situation déjà marquée par les blessures et handicaps provoqués par la guerre.
Les déplacements répétés et la destruction des infrastructures ont laissé de nombreux camps dépourvus de sanitaires accessibles. Les personnes à mobilité réduite doivent souvent attendre longtemps, être portées jusqu’aux toilettes ou dépendre entièrement de proches pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.
Des toilettes inadaptées et surchargées :
Le problème est particulièrement aigu dans les camps où les installations sanitaires sont insuffisantes et rarement adaptées aux besoins spécifiques des personnes handicapées. Certaines toilettes consistent en de simples fosses creusées dans le sol, entourées de bâches détériorées, rendant leur utilisation extrêmement difficile pour les personnes ayant des difficultés à se déplacer.
Selon des données citées par ACAPS, le nombre moyen de personnes par toilette à Gaza atteignait 372 personnes pour un seul sanitaire en décembre 2023, alors que les standards humanitaires recommandent environ une toilette pour 20 personnes.
La situation sanitaire est aggravée par l’effondrement des infrastructures d’assainissement. Plus de 80 % des stations de pompage des eaux usées auraient été détruites, tandis que l’accès aux équipements et matériaux nécessaires à la réparation ou à la construction de nouvelles installations reste fortement limité.
Des familles contraintes de porter leurs proches :
Le reportage de WAFA recueille notamment le témoignage de plusieurs familles confrontées quotidiennement à ces difficultés.
Rachida Al-Sabaa, 43 ans, raconte que sa fille de cinq ans, Sabrine, souffre d’une paralysie partielle après avoir été touchée par un éclat d’obus près de la colonne vertébrale. Incapable de se rendre seule aux toilettes, l’enfant doit être portée par sa mère. Faute de moyens financiers, la famille ne peut pas acheter régulièrement des couches.
Dans un autre témoignage, Ola Al-Dayeh, 47 ans, explique que son mari, amputé des deux jambes après le bombardement d’une école à Gaza, se déplace en fauteuil roulant. Elle doit régulièrement le porter jusqu’aux sanitaires avec l’aide de leur fils de 13 ans. Des couches finalement fournies par une organisation humanitaire ont provoqué des irritations cutanées, tandis que les soins nécessitent également des gants, des produits désinfectants et d’importantes quantités d’eau, devenus extrêmement difficiles à obtenir.
Samar Arafat, 55 ans, élève quant à elle deux enfants souffrant d’une maladie osseuse génétique rare qui les prive de mobilité. Après la mort de son mari il y a deux mois, elle se retrouve seule pour les porter jusqu’aux toilettes. Elle doit parfois solliciter l’aide de voisins, sans garantie de pouvoir obtenir de l’assistance, notamment la nuit. Sans ressources ni soutien familial, elle dépend désormais de l’aide humanitaire et des repas distribués par des associations caritatives.
Une situation qui pousse certains à limiter nourriture et eau :
Les difficultés d’accès aux sanitaires ne se limitent pas à l’inconfort. Selon une évaluation citée par ACAPS, certaines personnes en situation de handicap en sont venues à réduire leur consommation de nourriture et de boissons afin d’éviter d’avoir à utiliser les toilettes communes, faute d’installations accessibles et adaptées.
Cette situation intervient alors que les personnes handicapées représentent une part croissante de la population de Gaza, notamment en raison des blessures et séquelles liées à la guerre depuis octobre 2023.
Selon des données attribuées à l’UNRWA en septembre 2026, plus de 83 % des personnes handicapées auraient perdu leurs aides techniques — notamment fauteuils roulants, béquilles et dispositifs auditifs ou visuels — au cours des déplacements forcés répétés.
Une crise humanitaire qui exige des installations accessibles :
Le reportage souligne ainsi une dimension souvent moins visible de la crise humanitaire à Gaza : pour les personnes handicapées, l’accès à un besoin aussi élémentaire que les toilettes est devenu un parcours quotidien semé d’obstacles.
La destruction des infrastructures, le manque d’eau, l’insuffisance des sanitaires, l’absence d’aménagements accessibles et la précarité économique contraignent ces personnes à dépendre de leurs proches ou de l’aide humanitaire pour des gestes essentiels de la vie quotidienne.
Au-delà de la fourniture de matériel humanitaire, la situation met en évidence la nécessité de garantir des installations sanitaires sûres, propres et accessibles aux personnes handicapées, conformément aux principes de dignité, d’égalité d’accès et de protection des civils en situation de conflit.
H.A



