Ramallah, le 30 août 2026, WAFA- Trente-neuf ans après sa mort, le caricaturiste palestinien Naji Al-Ali demeure une figure majeure de la mémoire et de la résistance palestiniennes. Mort à Londres le 29 août 1987, après avoir été grièvement blessé par balle cinq semaines auparavant, il a consacré son œuvre à la Palestine, à l’exil, aux réfugiés et à la lutte pour le retour.
Naji Salim Hussein Al-Ali est né en 1938 dans le village d’Al-Shajara, en Galilée, entre Nazareth et Tibériade. En 1948, il quitte la Palestine avec sa famille et trouve refuge au camp d’Aïn al-Hilweh, près de Saïda, au Liban, comme des centaines de milliers de Palestiniens contraints à l’exil lors de la Nakba.
C’est dans cet environnement de réfugiés qu’il forge son regard artistique et politique. Ses caricatures deviennent progressivement un moyen de dénoncer l’occupation, l’exil et les atteintes aux droits des Palestiniens, tout en critiquant les dirigeants arabes et les responsables palestiniens lorsqu’il estimait qu’ils s’éloignaient des aspirations de leur peuple.
Handala, l’enfant devenu symbole :
En 1969, Naji Al-Ali crée Handala, un petit garçon représenté de dos, les mains croisées derrière le dos et les pieds nus. Réfugié palestinien, Handala refuse de grandir et ne se retournera vers le lecteur que lorsque la Palestine sera libérée et que les Palestiniens pourront retourner sur leur terre.
Le personnage, inspiré de l’enfance de son créateur, devient rapidement la signature de Naji Al-Ali et l’un des symboles les plus reconnaissables de la cause palestinienne. À travers Handala, le caricaturiste exprime l’attachement à la terre, le refus de l’exil et l’espoir du retour.
Une carrière consacrée à la caricature politique :
Naji Al-Ali commence à publier ses caricatures dans la presse koweïtienne au début des années 1960, notamment dans le magazine Al-Tali'a. Il travaille ensuite pour plusieurs journaux arabes, dont Al-Seyassah, au Koweït, et Al-Safir, au Liban.
Son parcours professionnel le conduit également à Londres, où il rejoint la rédaction d’Al-Qabas International. Au fil de sa carrière, il produit des dizaines de milliers de caricatures, consacrées principalement à la Palestine, à la condition des réfugiés et aux bouleversements politiques du monde arabe.
Son style direct, souvent satirique et sans concession, lui vaut une large reconnaissance mais aussi de nombreuses menaces. Ses dessins s’attaquent aussi bien à l’occupation israélienne qu’aux régimes arabes, aux dirigeants palestiniens et aux différentes formes d’opportunisme politique.
Un assassinat toujours entouré de questions :
Le 22 juillet 1987, alors qu’il se rend à son travail à Londres, Naji Al-Ali est atteint d’une balle à la tête devant le magasin Peter Jones, dans le quartier de Chelsea. Grièvement blessé, il est hospitalisé et reste dans le coma pendant cinq semaines.
Il succombe à ses blessures le 29 août 1987, à l’âge de 49 ans. Son meurtre n’a jamais été élucidé et son assassin n’a pas été identifié.
Naji Al-Ali est enterré au cimetière islamique de Brookwood, près de Londres.
Trente-neuf ans après sa disparition, ses caricatures continuent de circuler dans le monde arabe et au-delà. Et Handala, toujours représenté de dos, demeure un symbole de l’exil palestinien, du droit au retour et d’une Palestine dont Naji Al-Ali disait, à travers son œuvre, ne jamais avoir cessé de rêver.
H.A



