Accueil international 04/September/2026 03:14 PM

ONU : des camps palestiniens rendus inhabitables, plus de 33 000 réfugiés toujours déplacés

Genève, le 4 septembre 2026, WAFA — Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a indiqué vendredi que les forces israéliennes avaient déplacé de force les habitants de trois camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie occupée en janvier et février 2025, tout en continuant d’empêcher leur retour, en violation du droit international.

Dans un rapport intitulé « Destruction des camps de réfugiés palestiniens dans le nord de la Cisjordanie », le HCDH affirme que les opérations menées par les forces militaires et policières israéliennes, ainsi que par d’autres unités, ont fait des victimes civiles, détruit des centaines de maisons, endommagé des routes, interrompu l’approvisionnement en eau et en électricité et entravé l’accès de l’aide humanitaire aux camps de Jénine, Nour Shams et Tulkarem.

Le rapport fait également état d’opérations de fouille systématiques, maison par maison, destinées à contraindre les habitants à quitter les camps.

Selon le document, environ 52 % des bâtiments du camp de Jénine, 48 % de ceux de Nour Shams et 36 % de ceux de Tulkarem avaient été détruits ou endommagés à la suite des opérations israéliennes, selon une évaluation réalisée jusqu’en octobre 2025.

S’appuyant sur un suivi et une documentation indépendants menés par le HCDH, le rapport indique que les forces israéliennes ont renforcé leur contrôle sur les trois camps quelques jours après le début de l’opération et ont contraint leurs habitants à fuir.

Certains Palestiniens déplacés ont déclaré au HCDH que des officiers israéliens leur avaient dit qu’il n’y aurait plus de camps de réfugiés et qu’ils devaient tous se rendre en Jordanie.

Le HCDH estime que le déplacement massif, prolongé et systématique de plus de 33 000 Palestiniens des trois camps soulève de graves préoccupations quant à la commission du crime contre l’humanité de déplacement forcé.

Le rapport ajoute que le recours à des frappes aériennes, à des bulldozers blindés et à des explosions contrôlées pour rendre des camps entiers inhabitables, contraindre leurs habitants à partir et empêcher leur retour, en l’absence de nécessité militaire impérieuse, est interdit par le droit international. Il estime que ces pratiques pourraient constituer une forme de punition collective et suscitent des préoccupations quant à un éventuel nettoyage ethnique.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré que la manière dont l’opération israélienne avait été menée semblait indiquer que son objectif était de chasser le plus grand nombre possible de Palestiniens afin de faire place à l’expansion de colonies israéliennes illégales, en violation flagrante du droit international.

Türk a appelé Israël à mettre fin à son occupation des territoires palestiniens, à cesser toute tentative de déplacement forcé de Palestiniens et à prendre les mesures nécessaires pour respecter ses obligations au regard du droit international. Il a notamment fait référence à l’avis de la Cour internationale de Justice selon lequel Israël doit mettre fin, dans les meilleurs délais, à sa présence illégale dans les territoires palestiniens occupés.

Le rapport indique par ailleurs qu’environ 102 Palestiniens, dont 21 enfants, ont été tués par les forces israéliennes au cours de l’opération pendant la période couverte par le document, soit 46 % de l’ensemble des Palestiniens tués par les forces israéliennes en Cisjordanie durant cette période.

Selon le HCDH, les forces israéliennes ont notamment eu recours à des frappes aériennes, à des drones armés et à des projectiles explosifs portatifs, des armes conçues pour des opérations de guerre plutôt que pour des missions de maintien de l’ordre. Ces opérations ont fait plusieurs morts et blessés parmi des civils qui, selon le rapport, ne représentaient aucune menace apparente.

Le document cite plusieurs cas individuels, dont celui de Sundus Shalabi, enceinte de huit mois, tuée par balle alors qu’elle tentait de quitter en voiture le camp de Nour Shams. Il mentionne également Saddam Hussein Rajab, âgé de 10 ans, blessé par balle à l’abdomen à Tulkarem alors qu’il attendait son père pour se rendre avec lui à la mosquée, ainsi qu’Ahmed Nimer Al-Shaib, 43 ans, tué par balle alors qu’il tentait de quitter Jénine en voiture.

Dans un autre incident à Jénine, une fillette de deux ans aurait été tuée d’une balle à la tête par les forces israéliennes alors qu’elle dînait avec sa mère et sa tante, selon le rapport.

Les autorités israéliennes affirment que les personnes tuées au cours de l’opération étaient des « terroristes ». Le HCDH relève toutefois, à titre d’exemple, qu’une enquête interne israélienne sur la mort de Sundus Shalabi aurait conclu qu’elle avait été tuée par balle parce qu’elle regardait le sol d’une manière jugée suspecte.

Le rapport intervient après des informations faisant état d’un assouplissement par l’armée israélienne des règles d’engagement en Cisjordanie occupée, permettant aux soldats de faire usage de munitions réelles contre des personnes soupçonnées de « manipuler le sol », notamment par crainte qu’elles ne déposent des explosifs.

Le 23 février 2025, le ministre israélien de la Défense avait ordonné à l’armée de maintenir ses forces dans les trois camps et annoncé que les Palestiniens déplacés ne seraient pas autorisés à y retourner.

Selon l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), 33 362 réfugiés palestiniens originaires de ces trois camps étaient toujours déplacés de force en juillet 2026.

Les camps de Jénine, Nour Shams et Tulkarem font partie des 19 camps de réfugiés palestiniens établis en Cisjordanie pour accueillir les Palestiniens déplacés lors de la Nakba de 1948 et sont administrés par l’UNRWA.

H.A

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