Ramallah, le 1er novembre 2026, WAFA- La Palestine commémore demain, lundi 2 novembre, le 109ᵉ anniversaire de la Déclaration Balfour, ce document historique par lequel la Grande-Bretagne a officiellement apporté son soutien à l'établissement d'un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine, ouvrant ainsi la voie à la réalisation du projet sioniste aux dépens des droits du peuple palestinien.
Publiée le 2 novembre 1917, cette déclaration a constitué un tournant majeur dans l'histoire de la Palestine. Elle a marqué le début d'une politique britannique qui a facilité l'implantation du mouvement sioniste dans le pays, préparant le terrain à la création d'Israël et à la Nakba palestinienne de 1948, qui a entraîné le déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens et la destruction de centaines de villes et de villages.
La Déclaration Balfour prit la forme d'une lettre adressée par le ministre britannique des Affaires étrangères de l'époque, Arthur James Balfour, au baron Lionel Walter Rothschild, l'un des principaux représentants du mouvement sioniste au Royaume-Uni. Son adoption fut précédée de plusieurs années de discussions et de négociations entre les responsables britanniques et les représentants du mouvement sioniste, qui défendaient l'idée de la création d'un foyer national juif en Palestine.
Avant sa publication, le texte avait été soumis au président américain Woodrow Wilson, qui lui apporta son soutien. La France et l'Italie exprimèrent également leur appui officiel en 1918, avant que d'autres puissances, dont le Japon, ne rejoignent cette position.
Le 25 avril 1920, lors de la conférence de San Remo, les puissances alliées confièrent à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine, en intégrant les dispositions de la Déclaration Balfour dans le cadre de ce mandat. Celui-ci fut approuvé par la Société des Nations le 24 juillet 1922 et entra en vigueur le 29 septembre 1923. La déclaration, initialement formulée comme une promesse britannique, acquit ainsi une portée internationale et fut intégrée au dispositif politique et juridique de l'administration mandataire.
Les réactions arabes et palestiniennes furent marquées par la stupeur, l'indignation et le rejet. Pour apaiser les inquiétudes suscitées par cette politique, Londres avait notamment adressé des assurances au chérif Hussein, affirmant que les intérêts de la population arabe de Palestine seraient préservés. Cependant, sur le terrain, les autorités britanniques facilitèrent l'immigration juive, soutinrent l'établissement des institutions sionistes et contribuèrent à la mise en œuvre du projet de colonisation.
Face à cette politique, le peuple palestinien opposa une résistance constante. Plusieurs soulèvements populaires éclatèrent contre les autorités mandataires et le projet sioniste, notamment la révolte d'Al-Buraq en 1929, puis la grande révolte palestinienne de 1936-1939, qui témoigna de l'ampleur du rejet populaire de la politique britannique.
De son côté, le mouvement sioniste fit de la Déclaration Balfour un fondement essentiel de son argumentaire politique et diplomatique en faveur de la création d'un État juif en Palestine. Il y voyait l'aboutissement des ambitions formulées lors du premier Congrès sioniste, tenu à Bâle en 1897, qui avait adopté comme objectif l'établissement d'un foyer national pour le peuple juif en Palestine.
La Déclaration Balfour fut également invoquée dans la Déclaration d'indépendance d'Israël, proclamée le 14 mai 1948, comme l'un des éléments historiques et politiques ayant contribué à la reconnaissance internationale du projet sioniste.
Elle constitua ainsi une étape déterminante dans le processus qui conduisit à l'adoption, le 29 novembre 1947, de la résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations unies, prévoyant le partage de la Palestine en deux États, l'un arabe et l'autre juif. Ce processus déboucha sur la proclamation de l'État d'Israël en mai 1948, tandis que des centaines de milliers de Palestiniens furent expulsés ou contraints de fuir leurs foyers, lors de la Nakba, et privés de leur droit au retour.
À l'époque de la publication de la Déclaration Balfour, la population juive de Palestine était estimée à environ 50 000 à 60 000 personnes, sur une population totale d'environ 700 000 habitants, très majoritairement arabe. Pourtant, le texte ne reconnaissait pas les droits nationaux et politiques de la population palestinienne autochtone, la désignant uniquement comme des « communautés non juives » et limitant explicitement la protection qui lui était accordée à ses droits civils et religieux.
Ainsi, 109 ans après sa publication, la Déclaration Balfour demeure, pour les Palestiniens, le symbole d'une injustice historique et d'une décision prise par une puissance étrangère sur le devenir de leur terre, sans leur consentement et au mépris de leurs droits nationaux. Ses conséquences continuent de marquer l'histoire et la réalité du peuple palestinien.
Texte intégral de la Déclaration Balfour (2 novembre 1917) :
Ministère des Affaires étrangères, Londres
Cher Lord Rothschild,
J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, approuvée par le Cabinet :
« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont jouissent les juifs dans tout autre pays. »
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.
Arthur James Balfour
H.A



