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Mazen al-Rantissi, le « médecin des pauvres » : quatre mois de détention sans renoncer à sa mission humanitaire

Mazen al-Rantissi, le « médecin des pauvres » : quatre mois de détention sans renoncer à sa mission humanitaire

Ramallah, le 1er novembre 2026, WAFA-

Par Rami Samara

« Comment reconnaissez-vous un pauvre ? »

« À ses dents. Les pauvres n'ont pas les moyens de s'offrir des soins dentaires. »

Ces deux phrases ne sont pas extraites d'une œuvre littéraire ni inspirées d'un récit imaginaire. Elles sont tirées d'un véritable échange qui a eu lieu dans les prisons israéliennes entre un interrogateur cherchant à trouver des motifs pour condamner et emprisonner autrui, et un médecin septuagénaire qui a consacré sa vie à soigner les malades et à sauver des vies.

Mazen al-Rantissi, médecin généraliste âgé de 71 ans, a consacré 45 années de sa vie à diagnostiquer et à soigner les plus démunis. Pourtant, il s'est retrouvé accusé d'être un « danger pour la sécurité », selon la qualification des autorités israéliennes. Son seul « arsenal » se résumait à un stéthoscope et à une ordonnance médicale. Il a néanmoins été placé en détention pour quatre mois.

« Mon arrestation n'a jamais reposé sur des accusations réelles. Elle reflète plutôt l'obsession de l'occupation, qui considère toute forme de solidarité sociale comme une menace et toute action humanitaire comme un danger qu'il faut éradiquer », affirme-t-il.

Surnommé le « médecin des pauvres », Mazen al-Rantissi ne fait pas payer ses consultations aux personnes démunies et leur dispense gratuitement des soins dans le cadre de son engagement bénévole. Une activité que les autorités israéliennes ne pouvaient ignorer, tant elles surveillent, selon lui, tous les aspects de la vie palestinienne.

« Mon arrestation s'inscrit dans une tentative de démantèlement du tissu social palestinien. Le geôlier veut ancrer dans l'esprit des Palestiniens l'idée qu'ils sont dépourvus de toute valeur humaine. L'occupation, en tant que système, cherche à approfondir la fragmentation de la société et à éliminer tout ce qui apporte de la beauté à nos vies. Ils veulent punir l'amour, criminaliser la générosité et transformer l'humanité en accusation », poursuit-il.

À l'appui de ses propos, le médecin évoque l'arrestation de neuf autres médecins au cours de la même période. « Ce n'est pas une coïncidence. C'est un message d'intimidation clair adressé à tous ceux qui envisagent de tendre la main aux personnes marginalisées et de faire passer l'humanité avant toute autre considération », estime-t-il.

Dans les prisons israéliennes, poursuit-il, l'humanité disparaît, tandis que la violence et la cruauté prennent le dessus. Il compare ces établissements à des aimants attirant des personnes souffrant de troubles psychologiques ou marginalisées dans leurs propres sociétés, qui deviennent ensuite des geôliers et déversent leurs frustrations et leur désir de vengeance sur les corps affaiblis des détenus.

Coups, tortures physiques et psychologiques, immobilisation prolongée dans des positions douloureuses et humiliantes, mauvais traitements, insultes, incursions dans les cellules accompagnées de pulvérisations de gaz, privation de sommeil et de nourriture : autant de pratiques que le médecin affirme avoir subies et observées durant sa détention. Il dénonce également le recours à une nourriture de mauvaise qualité, tant sur le plan nutritionnel que quantitatif, comme moyen de punition.

« Derrière les barreaux, tous les masques de l'humanité prétendument défendue par l'autre partie tombent. Même les membres du personnel médical israélien participent au système de répression systématique. Ils oublient qu'ils sont censés être des messagers du soulagement et deviennent des bourreaux, sans rien qui les distingue des geôliers. Ils renoncent à l'éthique de leur profession, qui leur impose de soigner même un ennemi », témoigne-t-il.

« Dans les prisons, aucune considération n'est accordée aux urgences médicales, aux personnes atteintes de maladies graves ou chroniques, ni aux personnes en situation de handicap. La gale s'est propagée dans les prisons sans qu'aucun traitement ne soit disponible pour en soulager les symptômes. Des diabétiques ont perdu la vue, tandis que des personnes souffrant de handicaps mentaux sont placées en détention administrative », ajoute-t-il, évoquant quelques-unes des situations dont il a été témoin.

Pour Mazen al-Rantissi, le problème dépasse largement le cadre d'une simple « négligence médicale ». Le médecin n'a pas seulement été témoin de ces pratiques : il en a également été victime.

Lors d'un transfert d'une cellule à une autre à l'intérieur de la prison, il a été maintenu en plein soleil, les mains attachées derrière le dos, tout en étant contraint de porter son matelas dans cette position. Il a fini par s'effondrer, victime d'un malaise qui l'a laissé inconscient pendant plusieurs heures, jusqu'au soir. Les détenus qui ont tenté de lui porter secours ont, eux aussi, été sanctionnés.

Il a également été privé des médicaments qu'il avait emportés avec lui lors de son arrestation, jusqu'à l'intervention d'une organisation de défense des droits humains venue lui rendre visite. Une fois atteint d'une angine, il a dû convaincre le médecin de la prison de lui prescrire un antibiotique. Celui-ci a accepté de lui remettre une seule plaquette au lieu de deux.

Même l'obtention d'un comprimé de psychotrope devenait un sujet de plaisanterie quotidienne pour les infirmiers, qui en profitaient pour tenter de le discréditer auprès des autres détenus en l'accusant de consommer des stupéfiants.

Lorsqu'il sollicitait un minimum de considération au nom de leur appartenance commune au corps médical, il recevait en retour des insultes particulièrement humiliantes et des moqueries grossières, destinées, selon lui, à détruire son statut et sa dignité. Il a fini par éviter de révéler sa profession de médecin aux geôliers.

S'il pouvait dissimuler son métier pour préserver sa dignité, il ne pouvait en revanche cacher son âge avancé. Cela ne l'a pas épargné des agressions commises dans les prisons israéliennes, qui l'ont accompagné depuis son arrestation jusqu'à sa libération.

Le 25 octobre dernier, un tribunal israélien a ordonné la libération de Mazen al-Rantissi. Les heures qui ont précédé sa sortie ont toutefois constitué, selon son témoignage, une nouvelle épreuve, résumant les conditions de détention dans les prisons israéliennes.

Son parcours vers la liberté a commencé avant le lever du soleil, lorsqu'il a été transféré de la prison au tribunal, les mains attachées dans le dos, les pieds entravés et les yeux bandés.

Il a été enfermé pendant plusieurs heures dans une salle d'attente de six mètres carrés à peine, avec 16 autres détenus. Il a ensuite dû parcourir à pied une distance d'au moins un kilomètre jusqu'au tribunal, toujours menotté, entravé et les yeux bandés, contraint de garder la tête baissée dans une position extrêmement pénible.

Au cours de ce transfert, un geôlier l'a violemment tiré, provoquant sa chute sur les genoux avant que sa tête ne heurte le sol. Il se souvient du bruit de son crâne frappant le sol en béton et d'un éclair lumineux qu'il a cru voir devant ses yeux. « Si ma tête avait heurté le sol avant mes genoux, j'aurais pu souffrir d'une hémorragie cérébrale », raconte-t-il.

Un infirmier est venu lui demander s'il ressentait quelque chose. Il a répondu par la négative, expliquant que ces quatre mois de détention lui avaient appris que toute plainte devenait un motif de moquerie.

Lorsque le directeur de la prison l'a reçu, il lui a demandé d'où venait l'ecchymose visible sur son front. Le médecin lui a expliqué que le geôlier l'avait volontairement tiré et fait tomber. La réponse du responsable a été lapidaire : « Vous mentez. »

Selon Mazen al-Rantissi, cette arrestation n'a toutefois pas réussi à étouffer sa vocation humanitaire ni à le détourner de sa mission auprès des pauvres et des personnes dans le besoin. Après 45 années de bénévolat, l'expérience de la prison, avec son lot de coups, de mauvais traitements, d'humiliations et de négligence médicale, n'a pas suffi à ébranler sa conviction que les soins sont un droit pour chaque être humain, indépendamment de ses moyens financiers.

Alors que sa détention visait, selon lui, à l'empêcher de poursuivre son engagement humanitaire, il n'a jamais cessé d'exercer son rôle, même derrière les barreaux. Il a continué à conseiller les autres détenus, à diagnostiquer leurs problèmes de santé dans la mesure du possible et à leur expliquer comment y faire face avec les moyens limités dont ils disposaient.

Lorsque les geôliers lançaient leurs opérations répressives presque quotidiennement, frappant et traînant les détenus au sol, de jeunes prisonniers se plaçaient devant le médecin septuagénaire pour le protéger. Ils formaient un véritable bouclier humain, recevant les coups à sa place malgré leurs propres corps affaiblis.

Pour lui, la reconnaissance et l'affection qu'il a reçues en retour valent bien davantage que toute rémunération financière.

Il se souvient de ses débuts dans les villages de la région de Ramallah, en 1985. À l'époque, il rentrait chez lui chargé de témoignages de gratitude et de petites attentions offertes par ses patients : des figues, des olives et du pain traditionnel cuit au four en terre cuite, le pain taboun. Autant de marques d'une affection sincère que lui témoignaient les gens modestes qu'il soignait.

Aujourd'hui, alors que sa décision de libération reste assortie d'une clause de « sursis à exécution », Mazen al-Rantissi sait que les autorités israéliennes peuvent l'empêcher de poursuivre ses activités bénévoles, fermer son cabinet médical ou lui imposer de lourdes amendes.

Mais elles ne pourront jamais lui arracher l'affection des gens simples, ni les sourires qu'ils lui adressent, ces sourires qui dévoilent parfois des dents dont ils n'ont toujours pas les moyens de prendre soin.

H.A

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