Accueil Rapports et Enquêtes 20/septembre/2020 11:22

Un frère et une sœur, en attente d'un test ADN

Un frère et une sœur, en attente d'un test ADN

 

Rasha Hirzallah

Ramallah, le 20 septembre 2020, WAFA- Quelque temps après la mort de sa mère en juin 2004, Ayman rangeait les vêtements dans l'armoire de  sa mère décédée, Samira Bin Abd Al-Salam, il pleure, embrasse ses vêtements et lui parle en absence, ne  croyant pas qu'elle est partie.

En un clin d'œil, tout a changé, Ayman Bin Hadia était choqué et abasourdi, après avoir trouvé, parmi les vêtements de Samira, de vieux documents qui prouvent que sa mère Samira et son père Abdelkader Bin Hadia de Tunisie, obtenus de l'Organisation de libération de la Palestine en 1982, ne sont pas ses parents réels.

Les documents indiquent que : "Selon le représentant de l'Organisation de libération de la Palestine en République arabe syrienne - le bureau de Damas - que l'enfant Ayman Abd Al-Rahman Al-Derawi / sa mère, Aisha, est né à Beyrouth / Liban en 11-6-1982, et ses parents sont des martyrs lors de l'invasion sioniste du Liban".

Ayman, étonné est  allé  vers son père Abdelkader et  l'a interrogé concernant ce sujet. Le père a pleuré de chaudement craignant qu'Ayman le quitte après avoir su qu'il n'était pas son  fils, et qu'il l'a adopté du bureau de l'OLP après que ses parents palestiniens aient été tués dans le massacre de Sabra et Chatila, commis par l'armée israélienne et les milices d'Israël le  16 septembre 1982, entrainant 3500 martyrs.

Abdelkader, qui travaillait en tant que directeur à l'Institut tunisien de la culture et avait une relation étroite  avec l'OLP à l'époque, a raconté à Ayman la vérité sur ce qui s'était passé et comment les combattants de l'organisation l'ont retrouvé pendant le massacre, après que sa mère Aisha l'ait caché dans une grande marmite  alors qu'il avait trois mois, avec ses papiers d'identité de peur qu'il soit tué. L'enfant a été emmené au siège de l'organisation dans la capitale syrienne, Damas, avec le reste des enfants dont leurs familles ont été martyrisées dans le massacre, et il y est resté  trois mois, avant que les époux tunisiens Abdelkader Bin Hadia et Samira Bin Abd Al-Salam viennent demander à l'organisation de l'adopter.

Les deux époux ont obtenu les papiers et documents nécessaires du bureau de l'OLP, et ils ont fait les mesures nécessaires par le ministère tunisien des Affaires étrangères pour faciliter l'entrée d'Ayman en Tunisie, et depuis ce temps il est devenu un citoyen tunisien, appelé Ayman Abdelkader Bin Hadia.

Ce n'était pas facile pour Ayman, mais il a promis à son père, Abdelkader, de rester avec lui, car c'est lui qui l'a élevé, en disant que : "Je n'ai jamais senti que je n'étais pas leur fils, et ils ont fait leur devoir envers moi au maximum".

Le couple a caché la vérité d'Ayman parce qu'ils craignaient qu'il les quitte et aille à rechercher sa famille palestinienne, mais en septembre 2012, Abdelkader est décédé, ensuite Ayman a épousé, puis il a commencé le voyage pour retrouver sa famille palestinienne.

En 2016, Ayman a obtenu un visa pour entrer dans la capitale libanaise, Beyrouth, et au moment où il est arrivé, il s'est rendu au camp de Chatila pour rechercher la tombe de ses parents, mais les gens du camp lui ont dit qu'ils avaient été enterrés dans une fosse commune avec ceux qui avaient été tués pendant le massacre, et ils l'ont guidé vers la route. Ayman marchait à pas lourds avec un corps et un cœur tremblant, jusqu'à ce qu'il atteigne la tombe, et il tomba à genoux et commença à sentir la tombe, en mettant une couronne de fleur et s'en alla.

Ayman de 38 ans a dit : "Il est difficile de décrire ce sentiment, j'ai beaucoup pleuré, mais à un moment donné, je me suis senti fier d'être le fils de deux martyrs, j'ai commencé à imaginer à quoi ils ressemblaient, et j'aurais aimé avoir trouvé une photo d'eux".   

Il n'a pas fini son voyage de recherche pour les racines de sa famille et il a trouvé des membres de la famille Al-Derawi, vivant dans la bande de Gaza, et après avoir communiqué avec eux, il a su qu'ils étaient ses oncles qui ont dit que son père a quitté la bande de Gaza 1969 et il est allé en Jordanie et Syrie, ensuite au camp de Chatila à Beyrouth, laissant derrière lui sa femme et une fillette de deux ans à Gaza, et là, il épousa Aisha qui a donné naissance à Ayman, mais ils ne savent pas Aisha de quelle famille vient.

Ayman a ajouté : «Je souhaite parler avec ma sœur. Ils m'ont dit qu'elle s'appelait Hoda, qu'elle vit à Gaza, et a 50 ans, est mariée et qu'elle a des enfants, mais la famille est conservatrice, pour cette raison la famille exige que je dois faire un test ADN, malgré leur accueil».

Le bloc imposé sur la bande de Gaza, la fermeture des passages et la situation financière difficile sont des difficultés pour le voyage d'Hoda en Égypte pour effectuer un test génétique pour une rencontre des deux frères, Ayman a déclaré qu'une fois l'examen est effectué, il obtiendra la nationalité palestinienne, comme que l'ambassade palestinienne à Tunis lui a indiqué, Ayman veut que ses trois filles rencontrent leur tante.

Nous avons contacté Hoda Al Derawi, une mère de cinq fils et quatre filles, qui vit dans le camp de réfugiés de Nusseirat à Gaza, qui a confirmé qu'elle avait subi un test ADN à Gaza, mais n'a pas réussi à obtenir un résultat en raison que les dispositifs médicaux disponibles ont des capacités limitées.

L'idée d'avoir un frère lui semblait étrange, mais elle dit: "Je suis une personne réaliste, je ne veux pas beaucoup espérer, je n'aime pas les situations sensibles et tristes parce que j'ai été privée de mes parents et j'ai vécu suffisamment de situations difficiles. Je ne sais pas s'il s'avère que c'est mon frère comment le traiter".

Malgré sa peur, Hoda demande souvent à ses enfants de communiquer avec Ayman, mais à d'autres moments, elle a peur que ses enfants soient attachés à Ayman, en indiquant que : "je lui ai vu des photos et il ressemble à un de mes oncles".

Nous lui avons demandé, souhaitez-vous vraiment qu'il soit votre frère? Elle a répondu: "Je souhaite avoir un frère, parce que c'est un beau sentiment".

Ayman, qui travaille actuellement dans un showroom automobile à Sousse en Tunisie, est inquiet car il ne sait pas s'il a des autres frères et sœurs de ses parents palestiniens ou non, ni où ils se trouvent. Il continue de fouiller avec des organes officiels palestiniens, et il communique avec toute personne de la famille Al-Derawi, pour tenter d'atteindre le bout d'un fil, et il souhaite d'avoir une aide à rassembler la dispersion de sa famille.

R.H/R.N

 

 

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